ROMAN F  alias A3

Antoine et le peuple des hautes plaines

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Sitôt la porte poussée, une fille au longs cheveux bruns lui saute au cou, l'entraîne par la porte de droite et lui montre le lit. "Décidemment la chance a bien tourné" se dit-il en s'allongeant sur le dos.
Contre toute attente, la fille ne vient pas le rejoindre sur le lit. Elle reste figée dans l'embrasure de la porte, le regard étrangement vide, très dérangeant.
Il avait espéré il ne sait trop quoi. Une nuit d'amour torride, sans doute.
Antoine était fatigué mais l'occasion de faire l'amour à une parfaite inconnue qui vous saute au cou n'est pas de celle que l'on laisse passer lorsque l'on est un homme digne de ce nom.
Et cette fille qui ne semblait pas si disposée que cela à faire l'amour. Non, vraiment, c'était dérangeant. Avait-il pu se méprendre dans ses intentions ?
Normalement, qu'une fille vous saute au cou comme celle-ci l'avait fait est significatif. Antoine était assez perplexe. Il était aussi assez fatigué.
S'il n'était plus question, il aimerait pouvoir dormir. Il n'aurait pas besoin de compter les moutons. Il n'aurait pas besoin que l'on l'en lui dessine.
Seulement, la fille l'intrigait et lui interdisait de se laisser aller complètement à sa fatigue.
Il se redressa sur ses coudes et fixa la fille toujours parfaitement immobile, totalement muette, le regard inexpressif. Il se présenta.
"Moi, c'est Antoine. Comment t'appelles-tu ?"
Silence.
"Bon, se dit-il, c'est une cinglée. Faut pas chercher à comprendre".
Il sortit une Camel de son paquet et chercha son briquet dans les poches de son pantalon de toile beige. Il alluma la cigarette, inspira profondément la fumée et la souffla lentement.
"Qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi tu restes comme ça ?".
Silence. Silence embarrassant.
"Tu me comprends ? Tu parles français ?".
Toujours rien.
Il fit sauter sa chaussure gauche du bout de sa chaussure droite et se débarrassa de sa chaussure droite de son gros orteil gauche. Les chaussures churent au sol de planches brutes dans deux bruits sourds. La fille ne sursauta pas. Son regard perdu ne cilla pas.
Antoine avait bien observé. Il jeta le mégot à même le sol et déboucla sa ceinture pour se mettre plus à l'aise. Il ne quittait pas la fille du regard. Elle commençait à l'agacer.
Il la détailla plus attentivement.
Elle n'était pas vraiment belle, finalement. Les longs cheveux faisaient illusion mais ils ne cachaient pas le visage aux traits sévères et marqués. L'ample tunique bleue à festons dorés laissait entrevoir une taille basse et un peu large. Les mains étaient un rien trop potelées. Et ce visage sans sourire, ces yeux sans émotion. Non, elle n'était pas belle. Il n'y avait donc pas de raison pour qu'il la ménage. Son envie de baiser avait disparu. Il se mit en position assise et l'invectiva.
"Qu'est-ce que tu veux ? Tu vas rester là toute la nuit à me regarder ? Casse-toi ! Laisse moi roupiller. Je suis crevé.".
Toujours pas de réaction.
"OK, OK. Ecoute, tu sais ce que je vais faire ? Je vais éteindre la lumière et je vais piquer un petit somme. Tu peux rester debout dans le noir si tu veux."
Et là, Antoine chercha un interrupteur. Il ne le trouva pas et leva les yeux au plafond avec l'espoir de trouver la trace d'un câble électrique conduisant de l'ampoule vers un interrupteur. Pas d'ampoule. La lumière venait bien du plafond, pourtant. Un plafond lumineux mais un plafond pourtant qui respirait la banalité coutumière d'un plafond en vulgaire plâtre.
Mystère.
Antoine se leva, resserra sa ceinture, glissa les pieds dans les chaussures et se dirigea vers la porte. Il venait d'en avoir sa claque de cette comédie. Il allait tenter de retrouver son Cessna. Il avait des couvertures, il avait une radio de bord. Il dormirait à la belle étoile et aviserait demain matin. Il se dirigea devant la fille en ayant bien l'intention de sortir de là au plus vite.
Alors qu'il arrivait à son niveau, une main ferme se posa sur son torse.
On l'empêchait de sortir.
Il tenta de balayer le bras de sa main mais il ressentit une résistance qu'il n'avait pas envisagée. Il empoigna le poignet de la fille et exerça une pression plus importante sans succès. Il n'avait pas imaginé cette force.
Il recula, la fille baissa le bras.

Par Michel

3 possibilités
1) Epuisé, Antoine se couche et parvient à dormir quelques heures. A son réveil, la fille n'est plus là. (arielle)
2) Epuisé, Antoine décide toutefois de ne pas dormir. Au petit matin, la fille s'en va. Il se lève et sort de la maison. La fille n'est plus là.
3) Environ une heure plus tard, un homme apparaît et lui tend un flacon. (shanti )

Environ une heure plus tard, un homme apparaît et lui tend un flacon.
Surprise et soulagement, la femme inquiétante s'était volatilisée.
Tel est le terme exact de ce qui s'était réellement passé. Entre deux clignements d'œil, elle n'était plus là.
Il ne l'avait pas vue sortir, pas vu se déplacer, il restait juste un vide à la place qu'elle occupait.
Tentant de se remettre de sa surprise, il avait vu se matérialiser presque instantanément cet homme qui désormais lui faisait face. L'homme n'avait pas l'air hostile, il se contentait de lui proposer à boire. Antoine saisit le flacon, opina en signe de remerciement, et but.
Qu'était-ce donc que ce breuvage ? De prime abord, cela ressemblait à de l'eau. Incolore, inodore, sans saveur particulière. Mais une fois qu'il eut avalé une bonne gorgée, il douta de son jugement.
Il y avait en arrière goût, une saveur épicée, quelque chose qu'il ne connaissait pas. C'était à la fois agréable et déplaisant. Il leva un œil interrogateur vers l'homme. Mais celui-ci tout comme la femme précédemment, s'était volatilisé.
Lui parvint alors une voix. Une voix douce, calme, patiente. Une voix de femme bienveillante. Elle commença par se présenter : "Je m'appelle Ahila" puis continua sur le même ton.

Antoine s'était allongé. Il écoutait cette histoire contée par cette voix de femme. Il se laissait prendre par elle. Il sentait que son corps flottait, qu'il était dans l'histoire. Elle lui conta l'histoire de son peuple "Les Vivants". Elle lui conta sa vie.
Son peuple était constitué d'hommes, de femmes et d'enfants beaux et souriants. Son peuple existait depuis des millénaires, et était resté "invisible" à la face du monde durant tout ce temps.
Ils se nourrissaient de fruits issus de vergers qu'ils entretenaient avec amour. L'eau dont ils s'abreuvaient était extraite de nappes phréatiques alentour. Cette eau, celle dont avait bu Antoine, était bien particulière.
Ce peuple était actuellement en grand danger. Il était possible qu'il disparaisse à tout jamais si Elle ne trouvait pas son Autre. Elle était la "Passeuse", la "Faiseuse", la "Mémoire". Son rôle était essentiel dans la communauté.
Auparavant, une autre femme l'avait précédée, Amman. Elle était partie, s'était dissoute dans son corps à elle, Ahila.
Ahila ne pouvait continuer d'exister seule, il était nécessaire qu'elle soit accompagnée d'un Autre. Cet Autre devait être un homme qui aurait les qualités requises. Il ne pouvait être issu de la tribu. Il devait venir de l'extérieur.
Ahila avait par le passé tenté d'attirer l'attention d'hommes de passage. D'hommes perdus, à qui elle avait laissé la possibilité de voir le village, qui d'ordinaire était voilé d'une brume impénétrable. Pour ces hommes elle s'était composé un aspect attrayant. Elle était belle. Elle pouvait l'être, tout comme elle pouvait paraître vilaine, ou vieille ou très jeune. Elle avait ce pouvoir de se composer une image au gré de ses besoins.
Pour ces hommes donc, elle s'était présentée sous les traits d'une belle femme. Ces derniers avaient succombé. Elle avait perçu en eux leur bonté et s'était imaginé qu'elle pourrait les guider afin qu'ils développent leurs qualités de sagesse. Mais elle s'était trompée, et avait compris que ce type d'homme ne souhaitait que le plaisir et rien d'autre.
Devant Antoine, elle n'avait pas renouvelé la même erreur, sentant que cet homme possédait une réflexion dont les autres étaient dépourvus, elle n'avait pas perdu son temps en coquetterie, mais avait préféré qu'il fasse l'expérience de sa force.
Quinze longues années s'étaient déjà écoulées depuis la disparition d'Amman, et le temps imparti pour qu'elle trouva son Autre, touchait à sa fin.

Par Shanti

3 possibilités
1) Antoine comprit tout à coup, que cet Autre, tant espéré pouvait bien être lui. Pris de panique, il s'apprêtait à se lever pour s'enfuir. ( Michel )
2) Ahila, fait confiance à Antoine. Elle le laisse se remettre de tout ce qu'il vient d'entendre. Et le laisse choisir.
3) Un bruit fait sursauter Antoine, le flacon qu'il tenait encore en main, vient de se briser au sol, le tirant d'une rêverie bien étrange. (Sax )
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Antoine comprit tout à coup, que cet Autre, tant espéré pouvait bien être lui. Pris de panique, il s'apprêtait à se lever pour s'enfuir.

Ahila s'écarta pour lui signifier qu'elle ne s'opposerait pas à sa fuite. Antoine s'était préparé à devoir faire face à une résistance. Il s'était attendu à devoir forcer le passage, à se battre le cas échéant. Il n'en était rien. Il était libre, libre de partir, libre de fuir, libre d'abandonner Ahila, libre de ne pas se laisser aller à la tentation d'en savoir plus à propos de ce peuple pacifique qui parvenait à vivre dans cet environnement hostile de façon simple et tranquille. Il enviait cela. Il avait rêvé plusieurs fois à une vie plus proche de la nature, des éléments, des choses vraies. La curiosité l'aiguillonait et il ne savait plus, à présent que cela lui était possible, s'il voulait vraiment quitter le village. Il avait été accueilli avec bienveillance par le peuple de Ahila et il savait confusémment que partir devrait se faire à pied. Pour l'heure, il ne connaissait pas sa position. A combien d'heures de marche était-il du prochain village ? Debout à côté de la porte, Ahila offrait un visage digne et résigné. Elle n'allait pas lutter quoi qu'il lui en coûte. Antoine fut touché par ces preuves de sincérité et d'honnêteté mêlées. Il se mit à douter de son intention première et se détendit. Il fixa Ahila et celle-ci lut dans ce regard la curiosité et l'envie d'en savoir plus. Elle ne cilla pas, restant dans la position de celle qui ne cherchera pas à retenir l'homme qu'elle désirait et espérait. Elle savait jouer à la perfection des talents donnés aux femmes. Savoir se faire désirer était un jeu auquel elle avait été instruite par les femmes de son peuple et elle avait été bonne élève. Elle savait que Antoine ne saurait longtemps résister à la tentation, lui qui semblait tant être un homme avec tout ce que cela pouvait amener de faiblesses et de désir d'être aimé. Elle savait combien il était important de savoir se montrer patiente et comment il fallait se montrer distante et détachée. Elle ne fit qu'attendre l'issue qu'elle savait proche autant qu'inéluctable. Elle sentait le regard qui n'en pouvait plus d'envie et elle déchiffrait la posture à présent soumise de l'homme. Il fallait simplement que Ahila donne à penser à Antoine que c'était lui qui maîtrisait la situation et que ça allait être lui qui allait la débloquer. Ce n'était plus qu'une question de minutes. Elle le savait, le sentait au plus profond de sa féminité. Espiègle et un rien mutin, un sourire fit son apparition aux commissures des lèvres de Ahila qui se préparait à porter l'estocade. L'affaire était dans le sac.
Antoine craqua. Il était sous le charme. Amoureux. Il avait envie d'elle. Envie de son corps, envie de son odeur, de la couleur de ses cheveux, de la douceur de sa peau. Il se leva et alla vers Ahila. Ils restèrent longtemps les yeux dans les yeux, yeux qui brillaient d'une chaleur toride, d'un appétit immense. Les doigts s'effleurèrent, les mains se touchèrent, les lèvres se nourrirent les unes des autres. Le couple ne sut comment il se retrouva couché sur le lit. Ni l'un ni l'autre ne garda en mémoire le moment où les vêtements s'envolèrent. Ce fut un chant à l'amour d'une rare intensité. L'un et l'autre s'abandonnaient totalement à leur plaisir propre et laissaient exploser la jouissance enfouie au plus profond d'eux en une extase d'une intensité brûlante. Il fallut attendre que la nuit survienne et que les corps soient épuisés de plaisir pour que les amants acceptent de succomber à la fatigue et s'endorment, enlacés.
Les premiers rayons de soleil de l'aube naissante les trouvèrent intimement liés. Antoine fut le premier à se réveiller et il découvrit des corbeilles de fruits et des coupes de boissons aux arômes envoûtants tout autour du lit. Ahila émit un petit miaulement en se réveillant à son tour. Elle s'étira et attira Antoine à elle pour le couvrir de baisers. « Merci, lui dit-elle ». Et elle sauta du lit pour se jeter sur les fruits et boissons. Elle dévorait littéralement, en riant de ce que Antoine paraisse si étonné. « Viens, viens manger avec moi. ». Antoine accepta l'invitation et participa avec bonne volonté à l'orgie. Les amants inventèrent des jeux. Ils faisaient passer des baies d'une bouche à l'autre à la faveur de baisers rieurs ; ils versaient le contenu des coupes dans la bouche offerte de l'autre. Ils mangèrent et burent beaucoup mais ils s'embrassèrent et se caressèrent bien plus encore.
Une fois repus, ils enfilèrent des vêtements et, main dans main, ils sortirent de la maison. Ils furent accueillis par les applaudissements et les cris de joie de l'ensemble du village.

Michel

3 possibilités

1) A la lumière du soleil, Antoine se rend compte, horrifié, que les habitants du village ressemblent à d'affreux zombies aux chairs en putréfaction. Il se tourne, plein d'incompréhension, vers Ahila qui n'a rien à envier aux membres de son peuple en matière d'horreur indicible. Antoine s'effondre sous le choc.(Shanti )
2) Conduit par Ahila, Antoine se laisse guider à travers la foule. Arrivés devant une femme, Ahila prend la main de Antoine et la met dans la main de la femme. Antoine comprend qu'il a changé de fiancée.
3) Une vieille femme vient vers le couple en portant des pièces d'étoffe richement brodées. Elle les tend vers Ahila et Antoine et dit : « Tu es des nôtres, à présent. » ( arielle )



Une vieille femme vient vers le couple en portant des pièces d'étoffe richement brodées. Elle les tend vers Ahila et Antoine et dit : "Tu es des nôtres, à présent."

Ahila en choisit une et tout sourire, les yeux brillants, elle en vêtit Antoine.
Le village avait pris des allures de fête ce matin là. Elle allait durer jusqu'au soir.
Les habitants avaient revêtu leurs parures de cérémonie. Le visage et le torse des jeunes hommes avaient été enduits de motifs traditionnels peints avec grand soin. Les femmes parées de multiples voiles à sequins faisaient cliqueter leurs bijoux à chacun de leur mouvement. Les sages, les plus âgés du village, portaient en cape la même sorte d'étoffe qu'Antoine.
Il s'ensuivit des danses, des jeux, des joutes. Le peuple des Vivants laissait éclater sa joie. Grâce à la "passeuse" Ahila, il serait bientôt hors de danger.
Antoine et Ahila, main dans la main, assistaient au spectacle. Ils mangeaient, buvaient, riaient. Lui, encore sous le charme de leur nuit fébrile, sentait confusément qu'il perdait tout repère. Peut-être bien qu'il était cet Autre tant attendu, après tout. Peut-être bien que sa vie était parmi ce peuple auprès de cette femme étrange et douce qui avait su le captiver.
"Captif" se dit-il . Je suis en train de devenir captif. Il n'aimait pas cette sensation, il se sentait piégé.
"Il faut que je réagisse. Il faut que je réagisse."
Mais la douceur de la main d'Ahila caressant la sienne le rendait faible. Tout comme l'alcool de fruits macérés embrumait ses pensées. Comment résister à cette douceur, à cette sensualité ? A cette confiance qu'elle lui avait accordée, en l'estimant lui, l'obscur étranger, digne d'être l'Autre.
Âgé de 40 ans, il avait jusque là mené sa vie en limitant les contraintes. Du moins en les choisissant. Il louait son Cessna et ses qualités d'aviateur à divers organismes humanitaires. En ce moment, sans l'accident, il aurait dû se trouver à Tombouctou. Il avait pour mission d'établir un pont aérien entre la ville et un dispensaire de brousse, le temps d'installer ce dernier en transportant le matériel nécessaire. Ensuite, il trouverait un autre contrat. Une vie d'aventures qui lui convenait. Un travail qui lui donnait le sentiment d'être utile tout en restant libre. Il se gardait bien aussi, dans ses relations sans lendemain avec les femmes, de tout attachement affectif. Et là en échange, il ne savait pas trop ce qu'il allait trouver.
Il faisait nuit à présent. La fête battait son plein. La musique montait en puissance, la danse des jeunes hommes n'était que transe. Le chant des femmes, des vibrations aigües crescendo. Contre lui Ahila. Il ressentait la chaleur de ce corps se balançant au rythme de la musique. Chaque frôlement n'était que promesse de jouissance infinie. Il n'était plus que désir d'elle. La tête lui tournait.
Puis, un cri. Le vieil homme, le sage, venait d'être transpercé par une lance. Des silhouettes de cavaliers se dressaient en haut de la dune. La panique s'installa : hurlements, femmes saisissant leurs enfants à la hâte, hommes courant en tout sens pour aller récupérer leur armes dans les maisons." Le peuple des Hautes Plaines", hurla Ahila à Antoine. "Viens, il faut fuir."


3 possibilités

1) Antoine en profite pour semer Ahila et tente de regagner le Cessna dans l'espoir de le faire démarrer. sax roman i
2) Antoine ne veut pas fuir et exhorte le peuple des Vivants à se battre. michel
3) Ahila entraîne Antoine dans un dédale de ruelles jusqu'à une cachette secrète. shanti
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Antoine ne veut pas fuir et exhorte le peuple des Vivants à se battre.

— Non Ahila ! Nous ne fuirons pas ! Nous ne laisserons pas la sauvagerie remporter la victoire ! C'est absolument hors de question. Nous devons combattre pour préserver la liberté de ton peuple et empêcher la barbarie de s'abattre comme un sombre voile sur vos valeurs. L'obscurantisme ne vaincra pas, foi de Antoine !
Et Antoine se saisit de la lance fichée dans le corps sans vie du sage. Il s'arc-boute et tire de toutes ses forces. La lance cède en amenant avec elle un chapelet d'entrailles encore fumantes. Antoine nettoie la pointe de l'arme à l'aide de la précieuse pièce d'étoffe richement brodée qui couvre son corps en faisant la grimace. Il se dit que Ahila va avoir du mal à rattraper ces taches et qu'il lui faudra une bonne marque de lessive.
Mais l'heure est grave et il faut combattre pour la liberté. Antoine brandit la lance haut au-dessus de sa tête et exhorte le peuple des Vivants à le suivre et à se défendre.
— C'est que nous n'avons pas d'armes, lui rétorque un homme qui s'apprête à prendre ses jambes à son cou.
— Nous sommes le peuple des Vivants et avons l'intention de le rester, dit un autre qui est déjà loin.
Antoine se retrouve bientôt seul face aux troupes belliqueuses du peuple des Hautes Plaines. Le chef, un solide gaillard de plus de deux mètres à la peau noire et luisante s'approche de Antoine et lui prend sa lance en affichant un sourire tout en dents pointues. Antoine a comme le sentiment que la bataille est perdue et ne résiste pas.
— Qui es-tu, étranger ? Demande le géant à Antoine.
— Oh ! Rien. Je ne suis pas grand chose. Juste un aviateur tombé en panne. Je suis arrivé là par hasard. Je n'ai rien à voir avec le peuple des Vivants et, dans le fond, je n'ai rien contre vous.
— Tu es lâche mais cette lâcheté va te permettre de rester en vie.
Antoine pousse un souffle de soulagement. Il a eu peur. Déjà, les hommes des Hautes Plaines font la razzia dans le village. Les bras chargés de corbeilles de fruits frais, les guerriers regroupent le butin aux pieds de leur chef.
— Toi, tu as la vie sauve mais tu perds ta liberté. Désormais, tu es esclave. Tu vas charger les dromadaires avec ces paniers et plus vite que ça !
Déjà bien content d'avoir la vie sauve, Antoine s'exécute et commence à accrocher les paniers sur les dromadaires en équilibrant le chargement avec application.
Une fois le village nettoyé de toutes ses richesses, le chef ordonne à ses hommes de mettre le feu au Cessna. Antoine a un petit pincement au cœur mais il se dit que les assurances se débrouilleront avec tout ça. Après que les flammes ont bien commencé à dévorer l'appareil, un homme vient lier les mains de Antoine avec une corde râpeuse dont l'autre extrémité est attachée à un dromadaire. Les pillards font un dernier tour d'inspection dans le village pour être certains de ne rien oublier et grimpent sur leurs montures.
Antoine se tourne une dernière fois vers le village qu'il abandonne et a une ultime pensée pour Ahila qu'il regrettera, il se sent confusément. Le convoi se met en route dans la nuit.
Ils ont peut-être parcouru une quinzaine de kilomètres lorsque les premières lueurs de l'aube naissante pointent par dessus les dunes. Les hommes font une halte et s'activent à préparer du thé pour tout le monde, lui compris.
Après ce petit déjeuner, on repart. Le soleil monte vite et la chaleur se fait bientôt très vive. Antoine espère que l'on arrivera bientôt. Ses chaussures ne sont pas adaptées à la marche dans le désert et ses pieds le font bientôt souffrir. Il se met à boiter et à ralentir la marche du groupe. Le chef des hommes des Hautes Plaines vient à sa rencontre et l'invective fermement. Antoine explique son problème de chaussure et le chef lui conseille de se déchausser et de passer les sandales qu'il lui tend. D'abord très dubitatif, Antoine doit admettre que cela va bien mieux et, d'un pied alerte, il reprend sa marche.
Le soleil est à son point culminant lorsque, après six heures de marche, le groupe arrive en vue des premiers murs de la cité des hommes des Hautes Plaines. Dès qu'ils sont en vue, un groupe d'hommes et de femmes vient à leur rencontre et les accompagne sous des cris de joie jusqu'au village. Le butin est déchargé et exposé. Antoine tient une bonne place au centre de ce butin et déjà on vient l'observer, l'évaluer, le soupeser, l'expertiser. On tâte ses muscles, on regarde ses mains et ses pieds, on juge sa force. Un fonctionnaire local arrive avec des registres et lui demande de décliner son identité, son âge. Il note tout ça avec un air de contentement et sort un bracelet de sa musette qu'il passe au poignet de Antoine. Il lui dit qu'il est enregistré et qu'il peut se mettre au travail, qu'il est au service de la collectivité, qu'il devra œuvrer de 5 heures le matin jusqu'à 22 heures le soir, qu'il aura droit à une pause pour se restaurer à midi et à 18h30 et qu'il dormira dans la case qu'il lui montre du doigt. Il lui demande enfin d'apposer sa signature sur l'acte officiel et s'en va après avoir dit au chef que tout est en ordre.
S'ensuit un moment durant lequel les hommes et les femmes discutent de la mise à disponibilité de l'esclave. Certains arguent du fait qu'ils ont de nombreux enfants et qu'ils ont donc droit à plus d'heures tandis que d'autres mettent en avant les terres à cultiver ou les cours d'éducation pour les enfants. Assez rapidement, tout le monde tombe d'accord et il est demandé à Antoine de commencer à ranger le butin pris aux hommes Vivants dans les différentes réserves du village dès que l'inventaire sera établi par les comptables. Antoine comprend vite. Les fruits vont dans cette maison fraîche aux ouvertures fermées de lourdes tentures, les tissus précieux dans cette autre maison, les boissons dans cette autre. Il s'acquitte de ses diverses missions avec bonne volonté et, assez rapidement, il est adopté par l'ensemble de la communauté qui l'utilise et le récompense avec sagesse.
Ainsi, durant plusieurs mois, la vie se déroule au rythme de la tribu dans un climat serein. Le statut d'esclave ne pèse pas trop sur les épaules de Antoine qui a fini par y trouver son compte. Il est convenablement nourri, on ne l'assomme pas de travail et il est même devenu un compagnon recherché par les femmes du village qui louent son enseignement des us et coutumes de la tradition culturelle française. Elles ne se lassent pas de ses récits de la vie parisienne et lui demandent conseil dans l'aménagement des pièces de leur maison. A l'occasion, lorsque l'envie se présente, elles proposent d'aller plus loin dans les liens d'amitié et les maris n'y voient rien à redire, n'étant pas d'un naturel particulièrement jaloux. Pour Antoine, la vie est belle et douce. Toutefois, il lui arrive encore de penser à la petite Ahila avec un petit pincement au cœur et il regrette d'avoir perdu définitivement son petit avion.
Un jour qu'il était parti chercher de l'eau au pied de la colline à l'écart des murs du village et qu'il était occupé à remplir la dernière jarre, il entendit quelqu'un qui l'appelait depuis le haut de la paroi rocheuse. Il leva la tête et chercha durant quelques secondes avant de découvrir le visage de Ahila qui émergeait d'un rocher. Celle-ci lui fit un signe l'invitant à la rejoindre. Il se demanda s'il était prudent d'obtempérer mais il se dit qu'il était seul et sans surveillance particulière et que, de ce fait, il pouvait bien prendre quelques minutes pour aller retrouver sa bien-aimée Ahila. Il s'assura que les jarres ne risquaient pas de verser et contourna la paroi rocheuse pour atteindre une pente facile à gravir. En peu de temps, il retrouva Ahila et plusieurs hommes du peuple des hommes Vivants. Ahila lui dit qu'ils étaient venus le libérer et venger la mort du vieux sage.

Trois propositions :

1) Antoine se trouve tellement bien chez les hommes des Hautes Plaines qu'il décide de faire semblant de jouer le jeu de Ahila et des siens et d'avertir ses maîtres au village.
2) Heureux de retrouver Ahila et désireux de faire payer aux hommes des Hautes Plaines leur cruauté et sa condition d'esclave, Antoine prend les armes qu'on lui tend et commence à échafauder un plan pour assaillir le village.
3) Partagé entre Ahila et sa vie au village des hommes des Hautes Plaines qui lui convient bien, il dit à Ahila qu'il lui faut le temps de la réflexion. shanti

Partagé entre Ahila et sa vie au village des hommes des Hautes Plaines qui lui convient bien, il dit à Ahila qu'il lui faut le temps de la réflexion.

Ahila n'en croit pas ses oreilles.

« Quoi ? Tu me demandes un temps de réflexion ? Mais je crois rêver ! Mon peuple t'a accueilli alors que tu étais en panne dans ce désert, perdu, et sans notre hospitalité voué à une mort certaine. Nous nous sommes aimés toi et moi, l'as-tu déjà oublié ? Tu es prisonnier du peuple des Hautes Plaines, nous venons t'en délivrer, et toi, il te faut un temps de réflexion ??? »

« Ne sois pas amère Ahila, je pourrais l'être également. Voici déjà 3 mois que je suis ici. Pourquoi vous a-t-il fallu si longtemps pour vous inquiéter de mon sort ? »

« Nous avons dû faire nos adieux à mon père, notre tradition exige un deuil de 90 jours, durant lesquels nous ne pouvons nous déplacer, ni mener une vie ordinaire, et encore moins envisager tout acte de représailles. »

« Je comprends, mais sache que de mon côté, je me suis senti abandonné. Le peuple des Hautes-Plaines n'a pas été cruel envers moi. Je suis un esclave plutôt bien traité (Antoine n'entre pas dans les détails et s'abstient de conter ses nuits d'amour avec les femmes du village). C'est vrai que je t'ai aimé et que ton souvenir hante mes nuits. Mais je suis en droit de me demander ce qui me pousserait à me battre contre le peuple des Hautes-Plaines qui ne m'ont jamais fait de mal. Je n'appartiens pas à votre race, bien que vous m'ayez fêté tel un héros. Je ne puis me décider pour un camp comme pour l'autre. »

« Ces gens cachent leur jeu, tôt ou tard ils te demanderont de te sacrifier pour eux. Ils ont tué mon père, l'aurais-tu oublié ? La valeur que tu représentes à nos yeux, le fait que tu sois homme capable d'engendrer une nouvelle descendance, est vital. Il en est de même pour eux. Si tu venais à t'accoupler avec une de leurs femmes, tu signerais un pacte avec le malheur. Ces enfants nés de ton union avec une des leurs, leur permettraient de régner sur le monde actuel. Ces êtres sont des tueurs de bonheur, ils masquent sous un aspect plaisant une envie malsaine de plonger le monde dans le malheur. Cette descendance n'aurait souci que de guerroyer, de créer jalousie, de faire ployer sous leur joug les quelques âmes encore libres. Partout il n'y aurait plus que douleurs et larmes. Fini le ciel bleu, finis les oiseaux chantants, finis les eaux claires, finis les sourires, le rire des enfants, le chant des femmes. Tout cela ne serait plus que souvenir. »

Antoine est tout à coup perplexe. Il songe aux quelques femmes avec qui il a passé de bons moments. Est-il possible que ce que lui raconte Ahila soit vrai ? A-t-il été victime d'une machination. Ces femmes avaient-elles pour dessein d'assurer une descendance. En ce cas il se retrouverait plusieurs fois « papa ». C'est vrai qu'il a été bien insouciant, ne s'est pas inquiété des conséquences pour pourraient avoir ses nuits d'amour. Mais si tout ceci n'était que mensonge, si c'était le peuple de Ahila, qui se nomme fièrement peuple des Vivants, si c'était eux qui menaient le jeu. Il est complètement perdu, incapable de se décider.

Ahila est là devant lui, bien plus belle que dans son souvenir. Une force insoupçonnée émane de sa personne, ses longs cheveux flottent, mus par une douce brise, une cuirasse moule son corps svelte et musclé, à sa taille un ceinturon, en prolongement un fourreau dans lequel est glissée une épée de bel ouvrage ; la poignée incrustée de pierres précieuses attire le regard d'Antoine, mais c'est surtout la lame qui retient son attention. Une arme de guerrière, une arme abimée d'avoir souvent servi et tué sans doute aucun.

Au village, Myrhiem s'impatiente, en effet Antoine est allé chercher de l'eau pour son bain. Myrhiem attend son retour, mais le temps passe et l'homme ne revient pas. Elle décide de se rendre sur place, voir ce qu'il fabrique et s'il ne s'est pas perdu en chemin.

A l'approche de la source, cachée derrière un fourré, elle surprend la discussion entre Antoine et Ahila, décide de faire demi-tour et d'aller prévenir le village. Mais c'est sans compter la vigilance des hommes escortant Ahila, à qui il semble avoir vu bouger quelque chose dans le buisson. A peine est-elle sur le point de s'éloigner, qu'elle se trouve ceinturée, la bouche muselée par de fortes poignes. Elle a beau s'agiter, elle ne peut se défendre.

3 possibilités :

1 – Myrhiem est présentée à Ahila. « Qu'on l'emmène ! » déclare celle-ci.

2- Antoine reconnaît la fille du chef du peuple des Hautes-Plaines, elle n'a pas mérité d'être traitée de la sorte. Il se précipite sur Ahila, arrache l'épée de son fourreau, et, la prenant en otage, exige la libération de Myrhiem. michel

3 – Sans s'en douter, Myrhiem a été suivie dès sa sortie du village, à l' instant précis, où celle-ci est en danger, une troupe d'hommes armés surgit des replis du terrain dans lesquels ils s'étaient dissimulés.
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Antoine reconnaît la fille du chef du peuple des Hautes-Plaines, elle n'a pas mérité d'être traitée de la sorte. Il se précipite sur Ahila, arrache l'épée de son fourreau, et, la prenant en otage, exige la libération de Myrhiem.

Il y a un moment de flottement. Ahila est stupéfaite. Elle ne s'attendait pas à ça. Elle ne l'avait seulement pas envisagé. Pour elle, l'opération était claire, limpide comme une eau de source. Ça coulait de source, d'ailleurs. A la tête de son armée, elle allait sauver Antoine, le tirait des griffes de ces sauvages et revenait au village. Le cas échéant, elle n'excluait pas de devoir se battre un peu mais pour l'essentiel, ça devait être simple et clair.
Là, elle ne comprenait pas. Ce n'était pas aussi simple et clair que ce qu'elle avait imaginé. Se pouvait-il qu'Antoine se soit entiché ce cette semi-guenon maintenue fermement par ses hommes. Elle est en pleine indécision, Ahila. Face à elle, à distance de lame, il y a Antoine qui est en train de la menacer de lui transpercer le ventre si on ne libère pas cette Myrhiem et il n'a pas l'air de rigoler.
De son côté, Antoine n'est pas à l'aise non plus. Il a aimé Ahila mais il aime Myrhiem de la même manière. Dans le fond, il est amoureux en raison des circonstances. S'il n'avait jamais eu cette panne, s'il n'avait jamais eu à se poser près de ce village, il aurait livré son appareil et serait revenu chez lui où une autre femme l'attend. Il aimerait dire aux deux femmes que tout cela ne le regarde pas le moins du monde et qu'il n'a qu'une envie, c'est d'en finir avec ces histoires qui ne le concernent pas.
Myrhiem se débat comme une diablesse et distribue des coups de pieds hargneux en proférant les pires insultes et menaces disponibles dans sa langue. Une langue qui diffère assez peu de celle du peuple de Ahila pour que celle-ci ne laisse pas ces outrages verbaux sans réponse.
Les hommes, eux, sont dans l'expectative la plus totale. Ils pensent que Antoine détient la clé. S'il tue Ahila, ils pourront passer à l'action et tuer Myrhiem. Par contre, ils ne savent pas ce qu'il conviendra alors de faire de Antoine. Sans doute faudrait-il le tuer également. Ahila morte, il n'a plus d'importance.
La situation semble inextricable. Antoine se dit déjà, et il n'est pas le seul à se le dire, que les hommes des Hautes-Plaines n'allaient pas attendre indéfiniment le retour de Myrhiem et le sien sans envoyer ne serait-ce qu'une patrouille. Si une patrouille arrive, cela ne changera pas grand chose à la situation, du reste. Une situation bien bloquée qui ne se résoudra que par l'usage de l'intelligence, Antoine en a conscience. Seulement, il a du mal à réfléchir dans les situations de crise. Il essaie les différentes combinaisons possibles. Il tue Ahila. Déjà, il s'y refuse. Mais c'est une hypothèse. Il tue Ahila, les hommes tuent Myrhiem et le tuent à son tour. Il écarte. Les hommes tuent Myrhiem. Il ne tue pas Ahila. Il ne le pourra pas. Il est fait prisonnier et on le ramène au village du peuple des Vivants où il lui faudra s'expliquer. Ça ne le tente pas vraiment. Ou alors, il amène Ahila avec lui au village du peuple des Hautes-Plaines. Les hommes de Ahila amèneraient Myrhiem avec eux pour avoir une monnaie d'échange. Ou bien encore, il dirige l'épée contre lui et menace de se suicider si Ahila et ses hommes ne s'en vont pas et si Myrhiem n'en fait pas autant de son côté. Après quoi, il serait libre de fuir vers là où il le souhaite. Mais Ahila et Myrhiem accepteraient-elles ce marché auquel elles n'auraient rien à gagner ?
A vue de soleil, cela faisait au bas mot deux heures qu'il ne se passait plus rien de bien tangible. Les femmes avaient épuisé leur vocabulaire et avaient cessé de s'insulter. Myrhiem n'avait plus que des regards hostiles à jeter. Les hommes montraient une réelle lassitude et se relayaient pour aller se désaltérer tandis que certains surveillaient les abords pour parer l'éventuelle arrivée d'une troupe d'hommes des Hautes-Plaines. Pour passer le temps, Antoine commença à engager la conversation avec Ahila qui n'avait pas digérer qu'il ne l'ait pas suivi tout de suite. Elle lui en voulait un peu mais il avait senti qu'elle était encore attachée à lui, par amour ou par besoin. Il voulut savoir ce qui était à l'origine de cette haine entre son peuple et celui des Hautes-Plaines. Elle refusa d'abord d'en parler et puis, après que les heures s'étaient encore étirées, elle débuta le récit en expliquant qu'il s'agissait d'une querelle ancienne, vieille de plusieurs dizaines de générations.
— En ce temps là, mon ancêtre était le maître de mon peuple. Mon peuple et celui de cette trainée étaient un. Nous étions frères et sœurs, en ces temps lointains...
— C'est bien fini ça, pourriture ! L'interrompit Myrhiem.
— Je vais te...
Antoine ne la laissa pas finir et l'attrapa au bras pour l'empêcher de fondre sur Myrhiem.
— Nous vivions heureux dans la paix. Et un jour, le maître mouru. Il était alors très vieux. Il avait deux fils. Ar-Obaz et Ant-Hislash. Deux frères jumeaux comme souvent chez nous. Deux frères jumeaux qui voulaient le trône avec la même force et la même volonté. Il y eut une guerre fratricide pour ce trône. Ar-Obaz essaya d'empoisonner son frère qui...
— Meuteuse ! C'est Ant-Hislash, le fourbe, le lâche, qui a mit du poison dans le verre du roi Ar-Obaz !
— N'importe quoi ! C'est de la calomnie ! C'est Ar-Obaz le fourbe et le lâche !
— Calmez-vous ! Cria Antoine. Continue ton récit, Ahila.
— Ant-Hislash en sortit presque indemne. Il devint juste un peu idiot mais ça ne portait pas à conséquence et il pouvait exercer ses responsabilités royales.
— Un parfait idiot ! Ça oui ! Mais ça n'a rien à voir avec un supposé empoisonnement !
— Myrhiem ! Invectiva Antoine qui dut retenir Ahila que cette insolente teintée d'irrespect et de goujaterie mettait hors d'elle.
— Un conseil de sages se réunit pendant quatre lunes et il fut décidé que ce serait Ant-Hislash qui serait le maître.
— Bien sûr ! Et avec un crétin à la tête de votre peuple, les sages avaient tout pouvoir ! Pauvre cloche !
— Je vais te...
— Tu ne vas rien du tout, Ahila. Termine ton histoire.
— Ar-Obaz décida alors de partir et il emmena avec lui une partie de mon peuple...
— De notre peuple, s'il te plaît, souillon !
— Oui, de notre peuple, c'est vrai.
— Et alors ?
— Et alors, ces prétentieux de « Vivants » ont commencé par refuser que l'on vienne cueillir les fruits et puiser l'eau. Et nous avons dû fuir plus loin vers les hautes plaines et laisser toutes ces richesses aux « Vivants ».
— C'est vrai Ahila ?
— …
— Nous avons dû subir l'humiliation des « Vivants » qui menaient des attaques contre notre peuple dès que l'on approchait un peu trop des vergers. Mais nous avons appris à nous battre ! Continua Myrhiem.
— Et alors, vous nous avez livré une guerre incessante qui dure encore, termina Ahila.
Antoine avait écouté tout cela avec un intérêt réel et sincère. Il s'éclaircit la gorge pour dire ce qu'il allait proposer.
— Et ne pensez-vous pas qu'il serait temps de vous réconcilier et d'enterrer ces histoires anciennes ?

Trois propositions :
1/ Ahila et Myrhiem acceptent. Elles se serrent la main, les hommes laissent éclater leur joie.
2/ Campées sur leurs positions, Ahila et Myrhiem refusent et éclatent de rire.
3/ Avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, Ahila s'effondre, une flèche plantée non loin du cœur. shanti
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Avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, Ahila s'effondre, une flèche plantée non loin du cœur.

Stupeur générale !
Même Myrhiem ne s'attendait pas à cette tragédie. Son altercation avec Ahila avait lieu d'être. Antoine avait provoqué la discussion sur cette querelle vieille de plusieurs siècles déjà. Différent dont on ne parlait jamais, violence permanente entre les deux camps dont les gènes avaient pourtant la même origine. Grâce à cet étranger, cet homme venu d'un autre monde, on avait frôlé la compréhension. Il avait amené la réflexion, mis à jour l'absurdité de cette situation, révélé l'entêtement, l'appât du pouvoir dont faisait preuve chacun, revendiquant sa légitimité au détriment de l'autre camp.
Un rapprochement était sur le point d'aboutir. Rien de tel qu'une bonne discussion même si le ton devait monter. Les paroles étaient préférables aux actes, surtout aux actes violents, à la prise d'armes.
Et voilà, qu'en l'espace d'un instant, si près du but, tout semblait réduit à néant.
Myrhiem se tourna vers ses hommes venus la seconder.
« Mais qu'est-ce que vous avez fait ? Bande de brutes, imbéciles que vous êtes. Ne comprendrez-vous donc jamais ? ».
Son corps était secoué de sanglots, le chagrin, l'amertume de voir ses espoirs de paix réduits à rien. La fatigue de cette longue, interminable guerre. Depuis son enfance elle n'avait connu que cela, cette haine sans cesse attisée. Toute son éducation était bâtie sur cette rancune. Dès leur plus jeune âge les enfants des Hautes-Plaines étaient initiés à perpétrer cette aversion, cette inimité à l'encontre des Vivants. Myrhiem n'avait jamais osé rêver d'autre chose, cela semblait impossible, une « marche » vers la paix, personne ne le souhaitait vraiment, se complaisant dans ces habitudes ancestrales. C'était ainsi, un point c'est tout, et rien, jusqu'à ce jour, ne devait changer.
Antoine s'était accroupi auprès de Ahila, soutenant sa tête, il la réconfortait, caressant son front. A première vue sa blessure n'était pas mortelle ; la flèche avait certes pénétré, mais il pourrait l'extraire sans difficulté. Il lui faudrait tout de même de quoi désinfecter et panser la plaie.
Pendant ce temps, les hommes qui escortaient Ahila sortaient leurs épées prêts à en découdre avec l'autre bande, l'inévitable devait se produire, encore et encore, sang, haine, violence, morts, etc. etc.
Mais Myrhiem avait touché de si près une autre vision des choses, une possibilité, une ouverture, qu'il lui était désormais impossible de laisser faire, d'accepter ce fait, de ne rien dire comme on le lui avait appris. Elle fit face aux hommes de Ahila, se plaçant en travers de leur avancée, bras en croix, leur imposant de s'arrêter. Elle mettait sa vie en danger, mais peu lui importait, si elle ne parvenait à stopper toute cette bêtise, elle aurait du moins essayé.
Les hommes s'arrêtèrent, intimidés par tant de bravoure.
« Écoutez-moi ! » leur dit-elle.
« Écoutez-moi ! Je vous en prie. Et vous aussi » dit-elle à ceux de chez elle.
« N'en avez-vous pas assez de toute cette guerre, de tout ce gâchis ? Combien de morts vous faudra-t-il encore pour épuiser votre rancune ? Combien de vies innocentes vous faudra-t-il sacrifier ? Pensez à vos enfants ! Méritent-ils tout ceci ? Devront-ils, comme vous, vivre dans le mépris, le sang et la peur ? S'il vous plaît, réfléchissez. »
Un murmure commença à courir parmi les hommes de Ahila. Le combat était devenu intérieur. La réflexion s'insinuait dans leur esprit. Jamais il ne leur avait été donné de réfléchir à la situation, jamais ils n'avaient envisagé un dénouement autre que la tuerie, le dent pour dent.
Oui, leur chef était mort, oui Ahila était blessée, ça ils ne pouvaient le supporter et en leur for intérieur ils étaient en colère, mais cette femme leur apportait autre chose que la vengeance. Elle aurait dû, les combattre se réjouir de la blessure de Ahila, à côté de ça elle semblait peinée par ce qui venait de se produire. Comment cela était-il possible ? Pourquoi ? Qu'essayait-elle de leur montrer, quelle voie leur proposait-elle ?
« Essayons de nous comprendre, cessons ces guerres. S'il vous plaît. »
« Mon peuple a commis des erreurs, le vôtre aussi. Nous avons été stupides, les uns comme les autres. Il est temps de changer l'ordre des choses. Temps de discuter, temps de se rapprocher. Je vous en supplie. Ecoutez-moi ! »

3 possibilités :

1) Un grand gaillard prend la parole. « Ecarte-toi femme, tu n'as rien à nous dicter. Seule la vengeance pourra réparer les blessures que vous avez portées à notre peuple ! ».
2) Les hommes de Ahila déposent leurs armes, Myrhiem se tournant vers les siens, leur intime d'en faire autant. Ils imitent leurs rivaux, sans un murmure, dans un total respect. michel
3) Les hommes de Ahila déposent leurs armes, Myrhiem sent que la partie est presque gagnée, mais son clan n'est pas de cet avis, et revendique l'affrontement. Antoine se lève alors et, venant en soutien à Myrhiem, invective fortement ces gaillards stupides et assoiffés de sang.
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Les hommes de Ahila déposent leurs armes, Myrhiem se tournant vers les siens, leur intime d'en faire autant. Ils imitent leurs rivaux, sans un murmure, dans un total respect.

Face à face, ceux des « Hautes Plaines » et ceux des « Vivants » respectent une trêve nerveuse et angoissée. Chaque camp sait que le moindre mouvement, la moindre parole mal interprétée, pourrait briser cette accalmie en une fraction de seconde. Seuls Myrhiem et Antoine peuvent agir. Antoine lance des regards affolés à Myrhiem. Pour sauver Ahila, il faut intervenir rapidement. La seule chance de la soigner rapidement est de la conduire au village des « Hautes Plaines ». Seule Myrhiem peut prendre la décision de faire porter Ahila dans l'enceinte de son village. Elle ne peut cependant pas garantir qu'elle y sera bien accueillie et qu'elle y sera soignée. Elle expose ses craintes à Antoine qui lui répond que le temps presse et qu'il faut essayer. Quatre hommes sont désignés pour porter Ahila. Deux de chaque camp. Myrhiem explique à ses hommes qu'ils doivent rester là tandis que Antoine demande à ceux des « Vivants » de lui faire confiance. Il promet de revenir donner des nouvelles de Ahila très rapidement. Il fait promettre aux hommes des deux camps de respecter l'armistice. Il a conscience de n'avoir aucune légitimité hormis celle donnée par sa volonté sincère de venir en aide à Ahila. Un murmure parcourt les troupes et le principe de la paix est accepté.
Ahila, Myrhiem, Antoine et les quatre guerriers se dirigent vers le village des « Hautes Plaines ». Myrhiem marche en tête et le groupe arrive à la porte du village en une dizaine de minutes. Myrhiem demande aux hommes de s'arrêter et entre seule dans l'enceinte. De loin, Antoine la voit parler avec un garde qui part en courant. Il revient rapidement accompagné du chef, le père de Myrhiem. Une discussion animée ponctuée de gestes semble donner à penser que Myrhiem a du mal à convaincre son père. Le ton monte et les voix parviennent au groupe. Antoine ne parvient à glaner que quelques mots. « Ennemi », « guerre », « traîtres » mais aussi « paix », « trève », « soigner ». Myrhiem sait se montrer convaincante et c'est en compagnie de son père et d'une garde de six hommes qu'elle revient vers le groupe. Elle s'arrête à une dizaine de mètres du groupe et laisse son père s'avancer un peu et prendre la parole.
— J'accepte la trève et j'accepte de permettre que l'on tente de sauver Ahila. Je veux que l'on aille dire à mes guerriers et à ceux des « Vivants » que cette trève doit être respectée sans condition de par et d'autre.
Ahila est prise en charge par la garde du chef du peuple des « Hautes Plaines » et les quatre guerriers repartent vers la colline. Antoine dit qu'il faut se dépêcher, que Ahila devient de plus en plus faible.
Revenu au village, le chef ordonne que l'on soigne Ahila. On la conduit auprès du vieux Nasir. Il permet à Antoine de l'accompagner.
Dans la petite maison fraîche et plongée dans la pénombre du vieux Nasir, Ahila est allongée sur un lit bas. Antoine a appris à connaître le bon Nasir depuis qu'il est dans le village. Un homme sage et calme au savoir immense. Tout à la fois médecin et chirurgien, il connaît aussi les secrets des plantes et les propriétés des poudres et onguents. Fin lettré, il a lu les grecs anciens et est au courant des dernières avancées scientifiques. Il est respecté et consulté dans des domaines qui dépassent le simple exercice de la médecine pour toute sortes de questions qui peuvent concerner tant l'éducation des enfants que les tentatives de conciliation au sein des couples. D'ailleurs, les jeunes couples viennent le voir pour s'instruire des choses de l'amour.
Le sage Nasir allume une lampe à huile et enduit ses mains d'une préparation antiseptique. Il souhaite la bienvenue à Ahila qui, malgré la souffrance, trouve la force d'un sourire. Délicatemenet, Nasir écarte la tunique pour observer la plaie. Par pudeur, Antoine détourne la tête. Nasir hoche la tête pour signifier qu'il voit ce qu'il lui faut faire et rassure Ahila. La blessure est grave mais elle s'en sortira grâce à Dieu. D'une étagère qui surplombe le lit, il tire diverses plantes et poudre de plusieurs pots et, en les mêlant dans un peu d'eau et d'alcool, forme une pâte lisse qu'il tourne entre ses mains fines et ridées mais encore fortes et précises. Il partage la boule en deux parts égales. Avec un sourire d'encouragement il demande à Ahila d'ouvrir la bouche et de mâcher la pâte. Au visage de Ahila qui se détend d'un coup, il comprend que la douleur est partie. Il étale l'autre portion de pâte tout autour de la plaie avec un soin extrême. D'un linge humide, il rafraîchit le front de Ahila et se tourne vers Antoine qui est prêt du malaise.
— Antoine, tu vas devoir m'aider. Tu pourras t'évanouir après. Lui dit Nasir avec un beau sourire plein de malice.Il donne une boule de charpie et dit ce qu'il attend de lui.
— Tu vas passer de l'autre côté du lit et tu vas appuyer très fort avec tes mains de chaque côté de la flèche, Antoine.
Un peu horrifié, Antoine ne peut résister à l'autorité bienveillante de Nasir et se place comme demandé. Nasir corrige légèrement la position des mains et demande que Antoine exerce une pression plus appuyée encore. Ahila geint doucement et un rictus fugace raidit son beau visage aux traits si fins et réguliers. Nasir passe une main calmante sur le front de Ahila et s'engage dans la partie délicate de l'opération. Les deux mains attrapent la flèche au plus près de la blessure et, le temps d'un regard d'un coup plus dur, plus autoritaire, à Antoine, elles exercent un vif et rapide travail de traction. La flèche est sortie et la boule de lambeaux d'étoffe pressée par Antoine se teinte aussitôt d'une couleur écarlate.
Nasir regarde de nouveau Antoine droit dans les yeux pour lui intimer l'ordre de ne pas faillir et, calmement, il pose la flèche avant de préparer un pansement sur lequel il applique un onguent odorant et parfumé. Un nouveau regard et un léger mouvement de tête disent à Antoine de se tenir prêt à se retirer. En silence, comme s'ils parvenaient à communiquer par transmission de pensée, ils comptent trois et les mains de Nasir remplacent celles de Antoine. Le pansement est appuyé sur la plaie et Ahila ne peut réprimer une courte plainte aigue. Elle serre les dents et tout son corps est pris dans une série de rapides convulsions. Un nouveau regard entre les deux hommes et Antoine se précipite sur le linge qu'il trempe dans la cuvette d'eau avant d'en tamponner le visage de Ahila.
Pendant plusieurs minutes, Nasir ne relâche pas la pression portée sur la plaie. Il sent la poitrine se lever et s'affaisser de plus en plus calmement. Dès que le rythme cardiaque a retrouver son calme, il relève la tête et laisse éclater un grand sourire sur son beau visage. Il finit de panser Ahila et, plaçant le doigt devant ses lèvres et faisant un signe de l'autre main, il ordonne à Antoine de le suivre dans la pièce voisine.
Nasir dit à Antoine de s'asseoir sur une natte déroulée sur le sol de terre battue et s'occupe en silence à préparer un thé dans sa petite théière de tôle émaillée sur le kanoun remplit de braises. Tout du long du cérémonial, Antoine n'ose briser le silence pour demander si Ahlila s'en sortira rapidement. C'est Nasir, l'air à présent grave, qui le rompt.
— Ahila est forte et solide et courageuse, Antoine. Elle va s'en sortir, j'en suis sûr. Seulement, il faut que l'on nous donne le temps de la soigner. Nous allons la veiller et la soigner durant au moins jusqu'à la prochaine lune. Son destin ne tient pas que entre nos mains, Antoine. Au premier signe d'hostilité des « Vivants », le père de Myrhiem, le chef, ordonnera que Ahila soit sacrifiée. Et ça, Antoine, je ne pourrai pas m'y opposer.
Antoine fit signe qu'il comprenait. Le thé fut versé dans les verres et fut bu dans un silence anxieux.
Après le troisième thé, Nasir expliqua à Antoine que le pansement devait être renouvelé toutes les quatre heures. Nasir allait enseigner à Antoine comment réaliser ses pansements et ils se relaieraient pour les remplacer. Antoine hocha la tête en signe d'approbation. Retrouvant son bon sourire, Nasir se releva lentement et fit signe à Antoine de le suivre jusqu'au seuil de sa maison.
— Tu vas devoir aller voir le chef et lui expliquer ce que je t'ai dit, Antoine. Tu devras aussi obtenir la charge de plénipotentiaire et aller parlementer avec les guerriers de Ahila. Ils devront certainement rentrer chez eux et il ne leur sera sans doute pas facile de nous faire confiance. Va.
Antoine prit la direction de la maison du chef, père de Myrhiem.

Trois propositions :

1) Le chef accepte que Antoine et Nasir soignent Ahila et accepte que Antoine aille voir les guerriers « Vivants » en leur portant la promesse qu'il ne sera fait aucun mal à Ahila.
2) A l'écoute des propos de Antoine, le chef reste pensif. Il a déjà longuement écouté Myrhiem, sa fille, et il propose à Antoine d'aller négocier la paix avec le peuple des « Vivants » auprès de leur chef. Myrhiem le remplacerait pour soigner Ahila.
3) Le chef considère qu'il détient Ahila en otage. Il demande à Antoine d'aller demander la reddition sans condition des guerriers « Vivants ».