ROMAN F  alias A3
Antoine et les nains

page 2 michel page 3 shanti
Sitôt la porte poussée, une fille au longs cheveux bruns lui saute au cou, l'entraîne par la porte de droite et lui montre le lit. "Décidemment la chance a bien tourné" se dit-il en s'allongeant sur le dos.
Contre toute attente, la fille ne vient pas le rejoindre sur le lit. Elle reste figée dans l'embrasure de la porte, le regard étrangement vide, très dérangeant.
Il avait espéré il ne sait trop quoi. Une nuit d'amour torride, sans doute.
Antoine était fatigué mais l'occasion de faire l'amour à une parfaite inconnue qui vous saute au cou n'est pas de celle que l'on laisse passer lorsque l'on est un homme digne de ce nom.
Et cette fille qui ne semblait pas si disposée que cela à faire l'amour. Non, vraiment, c'était dérangeant. Avait-il pu se méprendre dans ses intentions ?
Normalement, qu'une fille vous saute au cou comme celle-ci l'avait fait est significatif. Antoine était assez perplexe. Il était aussi assez fatigué.
S'il n'était plus question, il aimerait pouvoir dormir. Il n'aurait pas besoin de compter les moutons. Il n'aurait pas besoin que l'on l'en lui dessine.
Seulement, la fille l'intrigait et lui interdisait de se laisser aller complètement à sa fatigue.
Il se redressa sur ses coudes et fixa la fille toujours parfaitement immobile, totalement muette, le regard inexpressif. Il se présenta.
"Moi, c'est Antoine. Comment t'appelles-tu ?"
Silence.
"Bon, se dit-il, c'est une cinglée. Faut pas chercher à comprendre".
Il sortit une Camel de son paquet et chercha son briquet dans les poches de son pantalon de toile beige. Il alluma la cigarette, inspira profondément la fumée et la souffla lentement.
"Qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi tu restes comme ça ?".
Silence. Silence embarrassant.
"Tu me comprends ? Tu parles français ?".
Toujours rien.
Il fit sauter sa chaussure gauche du bout de sa chaussure droite et se débarrassa de sa chaussure droite de son gros orteil gauche. Les chaussures churent au sol de planches brutes dans deux bruits sourds. La fille ne sursauta pas. Son regard perdu ne cilla pas.
Antoine avait bien observé. Il jeta le mégot à même le sol et déboucla sa ceinture pour se mettre plus à l'aise. Il ne quittait pas la fille du regard. Elle commençait à l'agacer.
Il la détailla plus attentivement.
Elle n'était pas vraiment belle, finalement. Les longs cheveux faisaient illusion mais ils ne cachaient pas le visage aux traits sévères et marqués. L'ample tunique bleue à festons dorés laissait entrevoir une taille basse et un peu large. Les mains étaient un rien trop potelées. Et ce visage sans sourire, ces yeux sans émotion. Non, elle n'était pas belle. Il n'y avait donc pas de raison pour qu'il la ménage. Son envie de baiser avait disparu. Il se mit en position assise et l'invectiva.
"Qu'est-ce que tu veux ? Tu vas rester là toute la nuit à me regarder ? Casse-toi ! Laisse moi roupiller. Je suis crevé.".
Toujours pas de réaction.
"OK, OK. Ecoute, tu sais ce que je vais faire ? Je vais éteindre la lumière et je vais piquer un petit somme. Tu peux rester debout dans le noir si tu veux."
Et là, Antoine chercha un interrupteur. Il ne le trouva pas et leva les yeux au plafond avec l'espoir de trouver la trace d'un câble électrique conduisant de l'ampoule vers un interrupteur. Pas d'ampoule. La lumière venait bien du plafond, pourtant. Un plafond lumineux mais un plafond pourtant qui respirait la banalité coutumière d'un plafond en vulgaire plâtre.
Mystère.
Antoine se leva, resserra sa ceinture, glissa les pieds dans les chaussures et se dirigea vers la porte. Il venait d'en avoir sa claque de cette comédie. Il allait tenter de retrouver son Cessna. Il avait des couvertures, il avait une radio de bord. Il dormirait à la belle étoile et aviserait demain matin. Il se dirigea devant la fille en ayant bien l'intention de sortir de là au plus vite.
Alors qu'il arrivait à son niveau, une main ferme se posa sur son torse.
On l'empêchait de sortir.
Il tenta de balayer le bras de sa main mais il ressentit une résistance qu'il n'avait pas envisagée. Il empoigna le poignet de la fille et exerça une pression plus importante sans succès. Il n'avait pas imaginé cette force.
Il recula, la fille baissa le bras.

Par Michel

3 possibilités
1) Epuisé, Antoine se couche et parvient à dormir quelques heures. A son réveil, la fille n'est plus là. (arielle)
2) Epuisé, Antoine décide toutefois de ne pas dormir. Au petit matin, la fille s'en va. Il se lève et sort de la maison. La fille n'est plus là.
3) Environ une heure plus tard, un homme apparaît et lui tend un flacon. (shanti )

Environ une heure plus tard, un homme apparaît et lui tend un flacon.
Surprise et soulagement, la femme inquiétante s'était volatilisée.
Tel est le terme exact de ce qui s'était réellement passé. Entre deux clignements d'œil, elle n'était plus là.
Il ne l'avait pas vue sortir, pas vu se déplacer, il restait juste un vide à la place qu'elle occupait.
Tentant de se remettre de sa surprise, il avait vu se matérialiser presque instantanément cet homme qui désormais lui faisait face. L'homme n'avait pas l'air hostile, il se contentait de lui proposer à boire. Antoine saisit le flacon, opina en signe de remerciement, et but.
Qu'était-ce donc que ce breuvage ? De prime abord, cela ressemblait à de l'eau. Incolore, inodore, sans saveur particulière. Mais une fois qu'il eut avalé une bonne gorgée, il douta de son jugement.
Il y avait en arrière goût, une saveur épicée, quelque chose qu'il ne connaissait pas. C'était à la fois agréable et déplaisant. Il leva un œil interrogateur vers l'homme. Mais celui-ci tout comme la femme précédemment, s'était volatilisé.
Lui parvint alors une voix. Une voix douce, calme, patiente. Une voix de femme bienveillante. Elle commença par se présenter : "Je m'appelle Ahila" puis continua sur le même ton.

Antoine s'était allongé. Il écoutait cette histoire contée par cette voix de femme. Il se laissait prendre par elle. Il sentait que son corps flottait, qu'il était dans l'histoire. Elle lui conta l'histoire de son peuple "Les Vivants". Elle lui conta sa vie.
Son peuple était constitué d'hommes, de femmes et d'enfants beaux et souriants. Son peuple existait depuis des millénaires, et était resté "invisible" à la face du monde durant tout ce temps.
Ils se nourrissaient de fruits issus de vergers qu'ils entretenaient avec amour. L'eau dont ils s'abreuvaient était extraite de nappes phréatiques alentour. Cette eau, celle dont avait bu Antoine, était bien particulière.
Ce peuple était actuellement en grand danger. Il était possible qu'il disparaisse à tout jamais si Elle ne trouvait pas son Autre. Elle était la "Passeuse", la "Faiseuse", la "Mémoire". Son rôle était essentiel dans la communauté.
Auparavant, une autre femme l'avait précédée, Amman. Elle était partie, s'était dissoute dans son corps à elle, Ahila.
Ahila ne pouvait continuer d'exister seule, il était nécessaire qu'elle soit accompagnée d'un Autre. Cet Autre devait être un homme qui aurait les qualités requises. Il ne pouvait être issu de la tribu. Il devait venir de l'extérieur.
Ahila avait par le passé tenté d'attirer l'attention d'hommes de passage. D'hommes perdus, à qui elle avait laissé la possibilité de voir le village, qui d'ordinaire était voilé d'une brume impénétrable. Pour ces hommes elle s'était composé un aspect attrayant. Elle était belle. Elle pouvait l'être, tout comme elle pouvait paraître vilaine, ou vieille ou très jeune. Elle avait ce pouvoir de se composer une image au gré de ses besoins.
Pour ces hommes donc, elle s'était présentée sous les traits d'une belle femme. Ces derniers avaient succombé. Elle avait perçu en eux leur bonté et s'était imaginé qu'elle pourrait les guider afin qu'ils développent leurs qualités de sagesse. Mais elle s'était trompée, et avait compris que ce type d'homme ne souhaitait que le plaisir et rien d'autre.
Devant Antoine, elle n'avait pas renouvelé la même erreur, sentant que cet homme possédait une réflexion dont les autres étaient dépourvus, elle n'avait pas perdu son temps en coquetterie, mais avait préféré qu'il fasse l'expérience de sa force.
Quinze longues années s'étaient déjà écoulées depuis la disparition d'Amman, et le temps imparti pour qu'elle trouva son Autre, touchait à sa fin.

Par Shanti

3 possibilités
1) Antoine comprit tout à coup, que cet Autre, tant espéré pouvait bien être lui. Pris de panique, il s'apprêtait à se lever pour s'enfuir. ( Michel )
2) Ahila, fait confiance à Antoine. Elle le laisse se remettre de tout ce qu'il vient d'entendre. Et le laisse choisir.
3) Un bruit fait sursauter Antoine, le flacon qu'il tenait encore en main, vient de se briser au sol, le tirant d'une rêverie bien étrange. (Sax )
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Antoine comprit tout à coup, que cet Autre, tant espéré pouvait bien être lui. Pris de panique, il s'apprêtait à se lever pour s'enfuir.

Ahila s'écarta pour lui signifier qu'elle ne s'opposerait pas à sa fuite. Antoine s'était préparé à devoir faire face à une résistance. Il s'était attendu à devoir forcer le passage, à se battre le cas échéant. Il n'en était rien. Il était libre, libre de partir, libre de fuir, libre d'abandonner Ahila, libre de ne pas se laisser aller à la tentation d'en savoir plus à propos de ce peuple pacifique qui parvenait à vivre dans cet environnement hostile de façon simple et tranquille. Il enviait cela. Il avait rêvé plusieurs fois à une vie plus proche de la nature, des éléments, des choses vraies. La curiosité l'aiguillonait et il ne savait plus, à présent que cela lui était possible, s'il voulait vraiment quitter le village. Il avait été accueilli avec bienveillance par le peuple de Ahila et il savait confusémment que partir devrait se faire à pied. Pour l'heure, il ne connaissait pas sa position. A combien d'heures de marche était-il du prochain village ? Debout à côté de la porte, Ahila offrait un visage digne et résigné. Elle n'allait pas lutter quoi qu'il lui en coûte. Antoine fut touché par ces preuves de sincérité et d'honnêteté mêlées. Il se mit à douter de son intention première et se détendit. Il fixa Ahila et celle-ci lut dans ce regard la curiosité et l'envie d'en savoir plus. Elle ne cilla pas, restant dans la position de celle qui ne cherchera pas à retenir l'homme qu'elle désirait et espérait. Elle savait jouer à la perfection des talents donnés aux femmes. Savoir se faire désirer était un jeu auquel elle avait été instruite par les femmes de son peuple et elle avait été bonne élève. Elle savait que Antoine ne saurait longtemps résister à la tentation, lui qui semblait tant être un homme avec tout ce que cela pouvait amener de faiblesses et de désir d'être aimé. Elle savait combien il était important de savoir se montrer patiente et comment il fallait se montrer distante et détachée. Elle ne fit qu'attendre l'issue qu'elle savait proche autant qu'inéluctable. Elle sentait le regard qui n'en pouvait plus d'envie et elle déchiffrait la posture à présent soumise de l'homme. Il fallait simplement que Ahila donne à penser à Antoine que c'était lui qui maîtrisait la situation et que ça allait être lui qui allait la débloquer. Ce n'était plus qu'une question de minutes. Elle le savait, le sentait au plus profond de sa féminité. Espiègle et un rien mutin, un sourire fit son apparition aux commissures des lèvres de Ahila qui se préparait à porter l'estocade. L'affaire était dans le sac.
Antoine craqua. Il était sous le charme. Amoureux. Il avait envie d'elle. Envie de son corps, envie de son odeur, de la couleur de ses cheveux, de la douceur de sa peau. Il se leva et alla vers Ahila. Ils restèrent longtemps les yeux dans les yeux, yeux qui brillaient d'une chaleur toride, d'un appétit immense. Les doigts s'effleurèrent, les mains se touchèrent, les lèvres se nourrirent les unes des autres. Le couple ne sut comment il se retrouva couché sur le lit. Ni l'un ni l'autre ne garda en mémoire le moment où les vêtements s'envolèrent. Ce fut un chant à l'amour d'une rare intensité. L'un et l'autre s'abandonnaient totalement à leur plaisir propre et laissaient exploser la jouissance enfouie au plus profond d'eux en une extase d'une intensité brûlante. Il fallut attendre que la nuit survienne et que les corps soient épuisés de plaisir pour que les amants acceptent de succomber à la fatigue et s'endorment, enlacés.
Les premiers rayons de soleil de l'aube naissante les trouvèrent intimement liés. Antoine fut le premier à se réveiller et il découvrit des corbeilles de fruits et des coupes de boissons aux arômes envoûtants tout autour du lit. Ahila émit un petit miaulement en se réveillant à son tour. Elle s'étira et attira Antoine à elle pour le couvrir de baisers. « Merci, lui dit-elle ». Et elle sauta du lit pour se jeter sur les fruits et boissons. Elle dévorait littéralement, en riant de ce que Antoine paraisse si étonné. « Viens, viens manger avec moi. ». Antoine accepta l'invitation et participa avec bonne volonté à l'orgie. Les amants inventèrent des jeux. Ils faisaient passer des baies d'une bouche à l'autre à la faveur de baisers rieurs ; ils versaient le contenu des coupes dans la bouche offerte de l'autre. Ils mangèrent et burent beaucoup mais ils s'embrassèrent et se caressèrent bien plus encore.
Une fois repus, ils enfilèrent des vêtements et, main dans main, ils sortirent de la maison. Ils furent accueillis par les applaudissements et les cris de joie de l'ensemble du village.

Michel

3 possibilités

1) A la lumière du soleil, Antoine se rend compte, horrifié, que les habitants du village ressemblent à d'affreux zombies aux chairs en putréfaction. Il se tourne, plein d'incompréhension, vers Ahila qui n'a rien à envier aux membres de son peuple en matière d'horreur indicible. Antoine s'effondre sous le choc.(Shanti )
2) Conduit par Ahila, Antoine se laisse guider à travers la foule. Arrivés devant une femme, Ahila prend la main de Antoine et la met dans la main de la femme. Antoine comprend qu'il a changé de fiancée.
3) Une vieille femme vient vers le couple en portant des pièces d'étoffe richement brodées. Elle les tend vers Ahila et Antoine et dit : « Tu es des nôtres, à présent. » ( arielle )



Une vieille femme vient vers le couple en portant des pièces d'étoffe richement brodées. Elle les tend vers Ahila et Antoine et dit : "Tu es des nôtres, à présent."

Ahila en choisit une et tout sourire, les yeux brillants, elle en vêtit Antoine.
Le village avait pris des allures de fête ce matin là. Elle allait durer jusqu'au soir.
Les habitants avaient revêtu leurs parures de cérémonie. Le visage et le torse des jeunes hommes avaient été enduits de motifs traditionnels peints avec grand soin. Les femmes parées de multiples voiles à sequins faisaient cliqueter leurs bijoux à chacun de leur mouvement. Les sages, les plus âgés du village, portaient en cape la même sorte d'étoffe qu'Antoine.
Il s'ensuivit des danses, des jeux, des joutes. Le peuple des Vivants laissait éclater sa joie. Grâce à la "passeuse" Ahila, il serait bientôt hors de danger.
Antoine et Ahila, main dans la main, assistaient au spectacle. Ils mangeaient, buvaient, riaient. Lui, encore sous le charme de leur nuit fébrile, sentait confusément qu'il perdait tout repère. Peut-être bien qu'il était cet Autre tant attendu, après tout. Peut-être bien que sa vie était parmi ce peuple auprès de cette femme étrange et douce qui avait su le captiver.
"Captif" se dit-il . Je suis en train de devenir captif. Il n'aimait pas cette sensation, il se sentait piégé.
"Il faut que je réagisse. Il faut que je réagisse."
Mais la douceur de la main d'Ahila caressant la sienne le rendait faible. Tout comme l'alcool de fruits macérés embrumait ses pensées. Comment résister à cette douceur, à cette sensualité ? A cette confiance qu'elle lui avait accordée, en l'estimant lui, l'obscur étranger, digne d'être l'Autre.
Âgé de 40 ans, il avait jusque là mené sa vie en limitant les contraintes. Du moins en les choisissant. Il louait son Cessna et ses qualités d'aviateur à divers organismes humanitaires. En ce moment, sans l'accident, il aurait dû se trouver à Tombouctou. Il avait pour mission d'établir un pont aérien entre la ville et un dispensaire de brousse, le temps d'installer ce dernier en transportant le matériel nécessaire. Ensuite, il trouverait un autre contrat. Une vie d'aventures qui lui convenait. Un travail qui lui donnait le sentiment d'être utile tout en restant libre. Il se gardait bien aussi, dans ses relations sans lendemain avec les femmes, de tout attachement affectif. Et là en échange, il ne savait pas trop ce qu'il allait trouver.
Il faisait nuit à présent. La fête battait son plein. La musique montait en puissance, la danse des jeunes hommes n'était que transe. Le chant des femmes, des vibrations aigües crescendo. Contre lui Ahila. Il ressentait la chaleur de ce corps se balançant au rythme de la musique. Chaque frôlement n'était que promesse de jouissance infinie. Il n'était plus que désir d'elle. La tête lui tournait.
Puis, un cri. Le vieil homme, le sage, venait d'être transpercé par une lance. Des silhouettes de cavaliers se dressaient en haut de la dune. La panique s'installa : hurlements, femmes saisissant leurs enfants à la hâte, hommes courant en tout sens pour aller récupérer leur armes dans les maisons." Le peuple des Hautes Plaines", hurla Ahila à Antoine. "Viens, il faut fuir."


3 possibilités

1) Antoine en profite pour semer Ahila et tente de regagner le Cessna dans l'espoir de le faire démarrer. sax ( roman i )
2) Antoine ne veut pas fuir et exhorte le peuple des Vivants à se battre. michel
3) Ahila entraîne Antoine dans un dédale de ruelles jusqu'à une cachette secrète. shanti
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Ahila entraîne Antoine dans un dédale de ruelles jusqu'à une cachette secrète.

Auparavant, elle se tourne une dernière fois et, les bras en croix, prononce d'une voix forte et autoritaire ces paroles : « Gath un reisa du rakr » (Que les nuages se forment et s'unissent). Aussitôt sous le regard ébahi d'Antoine le ciel se meut à une vitesse fantastique, apparaissent des nuages qui se condensent délivrant bientôt un orage de grêle. Ceci devrait freiner l'approche des cavaliers qui déjà dévalent la dune avoisinante. Promptement elle saisit la main d'Antoine et l'entraîne dans une course éperdue.
Les hommes et certaines femmes (les non-mères) ont couru chercher leurs arcs et flèches et se tiennent prêts pour l'assaut. Les mères et les enfants se sont claquemurés à l'intérieur des logis.
Ahila et Antoine approchent de la dernière demeure du village, s'y engouffrent et repoussent vivement la porte. Cette maison troglodyte constitue leur ultime recours. Parvenus dans la pièce du fond, Ahila pose ses mains et son front sur la paroi : « Stenr reisa » (Pierre lève-toi). Lentement et dans le silence le plus total le mur pivote délivrant un passage étroit muni d'un escalier taillé dans la roche. La paroi derrière eux se referme.
Au fur et à mesure de leur avance la lumière se fait puis s'évanouit. Dans ce long dédale de couloirs qu'ils parcourent, Antoine questionne Ahila, mais il est encore trop tôt pour parler. Ils doivent tout d'abord rejoindre leurs alliés.
Cette marche semble ne jamais devoir se terminer, lorsque tout à coup Antoine perçoit des voix. Des voix rauques, des chants aussi. Encore quelques enjambées et ils surgissent dans une vaste salle. Au centre, une immense table composée d'un plateau dans un marbre de toute beauté noir veiné de vert. Tout autour, assis sur des sièges sculptés à même la roche, une quinzaine de personnages tout à fait pittoresques. Leur face est joviale pour certains, grincheuse pour d'autres. Ils sont, pour la plupart, velus. Une barbe hirsute orne leur menton se confondant à leur chevelure. De tous ces poils surgit un nez de belle taille, et deux yeux dont la couleur tire sur le jaune.
Surpris de cette intrusion, ils restent cois, suspendant gestes et rires. Mais, la surprise passée, l'un se lève et se précipite vers Ahila. C'est Drulcain, le plus ancien, le plus fidèle ami d'Astaldor, l'homme-sage abattu lors de la fête et père d'Ahila.
La femme se laisse tomber dans les bras du vieil ami. Il prend sa tête entre ses mains rugueuses, et essuie les larmes qu'elle n'a pu s'empêcher de verser.
« Que fais-tu ici ? Que s'est-il passé ? ».
On les invite à s'asseoir, et une fois désaltérés, Ahila commence son récit.
Elle explique la présence d'Antoine, comment il a été reconnu comme le Sauveur, la cérémonie en son honneur et l'arrivée soudaine des cavaliers des hautes plaines. Tout à l'écoute, les nains hochent la tête d'un air sombre. Ils savent ce que tout cela signifie. Drulcain propose à la jeune femme de se reposer, et dans une alcôve lui prépare une couche.
Ils doivent maintenant expliquer la situation à Antoine, qui visiblement ne comprend pas grand chose à tout ceci. Ils lui parlent du monde ancien, comment Nandor le traître assoiffé de pouvoir à quitté le peuple des « Vivants » pour former une armée « l'Armée Noire des Hautes Plaines ». Nandor qui a décidé de capturer Ahila pour pouvoir s'unir à elle. C'est la seule façon pour lui d'atteindre le sommet de sa gloire. La seule manière d'engloutir à tout jamais les beaux espoirs de ceux qui pensent encore que le monde d'aujourd'hui peut être sauvé. Que guerres, famines, cruauté, cupidité et pouvoir peuvent disparaître. Ça n'est pas un hasard si Antoine a été choisi par les « Vivants », son appartenance aux ONG le désigne tout naturellement comme un homme bon. La naissance d'un enfant issu d'une union avec Ahila, permettrait un équilibre des forces qui se confrontent actuellement.
Nandor tient captive Amman qui est, par la pensée, en lien constant avec Ahila. L'ingéniosité et la perfidie de Nandor ne sont pas une légende, il est tout à fait capable d'avoir mis au point une machine capable de transcrire les pensées d'Amman. Ce qui expliquerait qu'il a été averti du véritable danger que représentait la présence d'Antoine chez les « Vivants ».
Antoine est abasourdi par ce qu'il entend. Une dernière question lui vient à l'esprit :
« Les hommes, femmes et enfants que nous avons laissés derrière nous, ne sont-ils pas en danger ? »
« Non, ne craignez rien Antoine, les hommes comme vous les appelez, sont bien davantage, et les flèches qu'ils auront décochées à leurs assaillants les auront vite mis en déroute. Mais un grand danger subsiste, celui que Nandor découvre par le biais d'Amman, où se cache Ahila et par là-même notre sanctuaire. »

3 possibilités :

1 – Drulcain a à peine terminé son entretien avec Antoine que celui-ci s'évanouit victime d'un mal étrange. michel

2 – Au village, malgré ce qu'en pense Drulcain, la bataille fait rage et n'est pas gagnée.

3 – Parmi cette congrégation de nains fidèles, se cache un traître.
Drulcain a à peine terminé son entretien avec Antoine que celui-ci s'évanouit victime d'un mal étrange.

Durant les heures qui suivent, Antoine revient à lui pour de courts moments durant lesquels il délire. Ahila reste à son chevet et le calme en lui passant un linge frais et humide sur le front. Elle sait qu'elle ne peut rien contre l'épreuve qu'est en train de vivre Antoine. Elle connaît l'issue de tout cela et, si elle sait qu'il faut en passer par là pour assurer l'avenir de son peuple, elle s'en veut aussi. Elle s'en veut de faire subir ça à Antoine et elle s'en veut aussi d'être amoureuse de lui. Elle ne peut rien faire d'autre pour Antoine que ce qu'elle fait en ce moment même. Le passage va être douloureux et désagréable mais elle doit suivre les écritures et faire naître le Sauveur de ce corps humain.

Drulcain vient prendre des nouvelles. Il a l'air grave. Il est inquiet. Antoine tiendra-t-il le coup ? Il fait part de ses questionnement à Ahila qui avoue être inquiète elle aussi. Jordenhar arrive avec un pot contenant les herbes et racines broyées du passage. Silencieux, il se place à la tête d'Antoine et attend que Drulcain et Ahila s'écartent et le laissent officier. Il n'est pas très assuré. Il n'a jamais fait cela. Les livres et les peintures des anciens expliquent le rite mais il est certain que nul être vivant ne pourra témoigner avoir assister à sa mise en pratique. Les risques sont importants. Le moins grave de ceux-ci est que Antoine peut mourir. Cela pourrait tout simplement signifier que cet homme n'est pas le Sauveur attendu mais cela pourrait aussi être la cause d'une mauvaise mise en pratique des enseignements.

Jordenhar passe la main sur le front de Antoine comme pour s'excuser de ce qu'il va faire et sort une lame fine et longue artistiquement ciselée de sous son manteau gris. Du gras du pouce, il repère l'artère à la base du cou et exerce une pression ferme et continue jusqu'à provoquer la syncope. Le corps d'Antoine est pris de soubresauts faibles, d'un léger tremblement et se détend entièrement. Jordenhar se saisit de sa lame et l'introduit dans la carotide sur deux centimètres au-dessus de la pression exercée par le pouce. Il extirpe la lame qu'il pose à terre et prend la cuvette de cuivre qu'il place sous le cou d'Antoine. Il relâche la pression et bascule le corps d'Antoine sur le côté. Le sang s'échappe par flots.

Jordenhar attend que Antoine se vide dans un silence grave. Il prend une poignée de poudre dans le pot et en remplit la bouche d'Antoine en la faisant pénétrer le plus possible dans la gorge. Il se lève et part en emportant la cuvette de sang. Dans la pièce attenante, Ahila et tous les nains sont murés dans un silence lourd. Seuls quelques regards se croisent et disent l'espoir et la crainte. Jordenhar place cérémonieusement la cuvette au centre de la table de marbre.

Dawalin Sokaï cherche le flacon d'obsidienne qui pend à une cordelette passée autour de son cou sous sa longue barbe blanche et penche la tête pour faire passer le lien par dessus elle. Ses doigts hésitent à sortir le bouchon de cire qui scelle le flacon et semble quémander l'approbation de ses frères en effectuant un tour de table des yeux. Dans un silence qui se fait plus pesant encore, le flacon est décacheté. Une fumerole bleue s'échappe et tous reculent de quelques pas sauf Dawalin Sokaï qui, toutefois, sue abondamment. Il lève le flacon au-dessus de la cuvette et le penche légèrement. Une goutte, deux gouttes, trois gouttes tombent dans le sang d'Antoine. D'abord, il ne se passe strictement rien et toutes les respirations sont retenues. Les yeux sont tous grands ouverts dans l'attente de la réalisation. Celle-ci tarde à arriver et on se prend déjà à penser que Antoine ne doit pas être le Sauveur. Les secondes semblent des heures, la tension est devenue matière. On la sent peser sur toutes les têtes, sur toutes les épaules. Et au moment où on n'y croit plus, la réalisation survient. Presque imperceptiblement d'abord, un timide bouillonnement se fait jour à la surface de la cuvette. Les premières vraies bulles arrivent et la surface se met à friser de plus en plus fortement. La cuvette à son tour est prise de tremblements qu'elle communique à la lourde table de marbre avant que l'ensemble de la pièce entre en résonances et, à sa suite, la grotte tout entière.

La peur et la crainte se mèlent à la joie et à l'espoir. Antoine, on ne peut plus en douter à présent, est bien le Sauveur. Grâce à son sacrifice, le peuple va se libérer du joug de Nandor et va, de par là même, libérer Amman de son tourmenteur. Les vibrations prennent de plus en plus d'ampleur et se transforment bientôt en un véritable tremblement de terre dont l'épicentre est l'imposante table de marbre.

Dehors, le peuple d'Ahila a compris que la partie est gagnée. Déjà, les premiers rangs de l'armée de Nandor et de son peuple des Hautes Plaines se mettent à vaciller et à tomber en une fine poussière que chasse le vent vers les monts lointains. Avant le coucher du soleil, il ne reste plus rien de la menace funeste et c'est en triomphe que Ahila et les nains sortent du sanctuaire troglodytique. Le bonheur du peuple est communicatif mais seule Ahila a du mal à se sentir pleinement heureuse.

3 propositions

1/ Réunis en cellule de crise autour de Ahila, les nains vont maintenant réfléchir au moyen de ressusciter Antoine dans les meilleures conditions et sans qu'il conserve trop de séquelles. sax
2/ Il faut se faire une raison, Antoine est mort. Ahila essuie une larme. Mais voilà que celui que l'on attendait le moins, Nandor en personne, fait son apparition et parvient à emporter le corps d'Antoine avec lui, le fourbe.
3/ Après quelques manipulations magiques et savantes, on remet le sang dans Antoine qui se réveille frais et dispo mais avec une faim de loup et qui écoute le récit des aventures récentes avec grand intérêt.
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Réunis en cellule de crise autour de Ahila, les nains vont maintenant réfléchir au moyen de ressusciter Antoine dans les meilleures conditions et sans qu'il conserve trop de séquelles.

Comme c'est la premire fois qu'ils sont confrontés à ce cas, les discussions sont bon train.
Alcofibras propose de remplir ses veines de vin mélangé de poudre de piment rouge.
Grantapuel propose de remplir son estomac de saucisses et de croûtons à l'ail.
Margegalle (une des 3 naines) propose de masser son membre viril pendant 32 minutes.
Grantugua propose de le plonger dans la mare pour lui faire avaler des grenouilles vivantes.
Chacun y va de sa proposition, mais aucune ne recueille l'assentiment du mage.
Seule Ahila ne dit rien et pleure sur le corps dévêtu d'Antoine. Celui-ci est livide, mais encore chaud et souple, mais manifestement plus pour très longtemps. Si aucune solution n'est trouvé dans l'heure qui suit, il est à craindre que plus rien ne sera possible.
Chacune de ses larmes laisse une trace sur le corps. Et, au même endroit, la peau livide reprend un peu de couleur.
Le mage observe le phenomène, consulte rapidement ses grimoires, et enjoint à Ahila de continuer à pleurer sur le corps en prenant bien garde à l'arroser entièrement.
Il appelle également toutes les femmes de la grotte pour pleurer sur le corps d'Antoine.
Au bout de deux heures, le corps est entièrement recouvert de larmes, il a retrouvé sa couleur d'origine, mais aucun souffle ne sort encore de sa bouche entr'ouverte.
Les nains reprennent leur discussion de plus belle.
- qu'on l'emplisse de vin
- qu'on l'emplisse de saucisse
- qu'on le masse
- qu'on le plonge dans la mare
- qu'on le pique avec des tisons brûlants
La confusion est à son comble, le mage est plongé dans les grimoires, le temps presse, le corps d'Antoine recommence à pâlir.
Encore une fois, seule Ahila ne dit rien, elle serre le corps inerte dans ses bras. Pour mieux le sentir contre elle, elle se dévêt entièrement, insensible aux regards étonnés des nains.
Tout le monde se tait et observe.
Enlaçant Antoine, Ahila exécute tous les gestes de l'amour, anime les bras, la tête, les jambes d'Antoine, embrasse ce corps qui ne répond pas, lui parle, le caresse. L'illusion est parfaite, on a l'impression que les bras d'Antoine caressent Ahila, que ses jambes enserrent sa taille, que sa bouche s'ouvre et se ferme en rythme, que les deux corps s'agitent à l'unisson. Tout les spectateurs, fascinés, retiennent leur souffle.
Après dix minutes, alors qu'Ahila commence à montrer des signes de fatigue, un râle s'échappe de la bouche d'Antoine. On pourrait presque croire à un soupir de plaisir. Ahila reprend de plus belle, mais cette fois les bras d'Antoine la caressent réellement, ses jambes lui enserrent vraiment la taille. Les nains, gênés, se retournent. Ils restent ainsi silencieux jusqu'à entendre le dénouement prévisible.
Autour d'Ahila et Antoine dans les bras l'un de l'autre, les cris de joie sont indescriptibles. Antoine est revenu à la vie.

3 possibilités

1) Les nains servent un festin en l'honneur de la victoire et de la résurrection d'Antoine.
2) La résurrection d'Antoine n'était qu'une illusion. Son corps retombe inerte et rien n'arrive à le ranimer. Les nains reprennent leur discussion. shanti
3) Antoine est vivant, mais il est devenu vampire. Il mord Ahila et la vide son sang. Ahila tombe inanimée.

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La résurrection d'Antoine n'était qu'une illusion. Son corps retombe inerte et rien n'arrive à le ranimer. Les nains reprennent leur discussion.

« Mouais ! Ça marche qu'un temps ces affaires là ! » fait Alcofibras « Pour moi, le seul remède, le seul, vous m'entendez, c'est le rouge. Le rouge y'a qu'ça de vrai, nom d'un p'tit bonhomme ! »
« Mais non, mon pauvre Alcofi, vous n'y êtes pas, de bonnes saucisses, des vraies, bien grasses, de la saucisse d'Alcawed (ville renommée pour sa charcu-tuerie), c'est ça qu'il lui faut à not' gars Antoine ».
« P'têt que j'ai pas massé assez longtemps » intervient Margevalle.
Pendant se temps Ahila, toujours en larmes, se rhabille. Elle est triste, triste, triste à mourir. Mais non, un mort suffit, elle se retient.
Que lui est-il arrivé, ça avait l'air de marcher pourtant. Serait-il si pudique que la vue de tous ces nains entourant nos ébats l'ai fait se pâmer ? Je le croyais plus coriace.
« Eh Antoine ! Antoine ! » Essaie-t-elle.
Rien.
Deux nains restent insensibles à toutes ces stupidités.
Jordenhar et Dawalin Sokaï sont conscients que le rite s'est déroulé dans les règles de l'art. Ce rituel ils savaient devoir le pratiquer un jour ou l'autre. Voici des années qu'ils attendent cet instant, souvent ils ont répété ensemble les moindres gestes afin d'être prêts le moment venu.% Non, ils n'ont pas pu se tromper. D'ailleurs, la secousse sismique confirme qu'Antoine était bien celui que l'on attendait.
Ils se rendent dans la salle occulte contenant les grimoires et toute la panoplie destinée à leur magie. « Il faut demander confirmation aux pierres » dit Dawalin Sokaï.
« Tu as sans doute raison » lui répond Jordenhar.
Ils sortent alors d'un écrin, quatre pierres. Un jaspe brun figurant la Terre, puis une agate blanche, pour la Lune, une aventurine verte pour Vénus, et enfin un jaspe rouge pour Mars.
Les pierres sont chaudes au toucher, comme mues par une vie intense. Dawalin Sokaï s'assied à même le sol, il doit se concentrer sur une question.
« Euh … Qu'est-ce que je demande ? » fait-il à Jordenhar.
« Ben, je ne sais pas. D'habitude c'est toi le chef. Tu dois bien savoir ce qu'il convient de demander dans une telle situation, non ? »
« Je te rappelle qu'une telle situation ne s'est jamais présentée. Nous n'avons jamais répété cette partie du rituel. »
« Peut-être bien, mais en ce cas il faut improviser »
« Bon, voyons. Hum … Hum … Non, vraiment, ça ne vient pas. Tu n'as pas quelque chose toi ? »
« On pourrait demander si demain il fera beau ? »
« Tu t'égares Jordenhar, il s'agit d'Antoine et de Ahila, de la prophétie ! Tout de même un peu de sérieux, que diantre !!! »
« Euh … Oui, tu as raison. Excuses-moi. Voyons … On peut demander pourquoi Antoine ne revient pas à lui, alors. »
« Oui ! Oui ! C'est ça ! Bonne question !»
Dawalin Sokaï jette les pierres, comme on le ferait avec des dés. La disposition des pierres va répondre à leur question. Les voici tous les deux les yeux rivés au sol à fixer les pierres.
« Ah ben ça alors ! Si j'avais voulu, j'aurai jamais réussi un coup pareil ! »
Les pierres se sont superposées. Au sol la Terre, couverte par la Lune, puis vient Vénus et sur le dessus Mars.
« Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? »
« Si tu veux mon avis Jordenhar, il me semble que les pierres nous disent de l'accouplement d'Ahila et d'Antoine ne s'est pas déroulé comme il fallait. »
« Et alors ? »
« Et alors … J'en sais rien moi. Je ne suis pas expert en la matière. Et alors … Et alors ! Bon sang de bonsoir ! C'est toujours à moi qu'on demande tout ! Y'en a marre ! Je vais finir par démissionner de ce boulot, moi, si ça continue ! »
« Calme-toi Dawalin ! Il faut tout de même pouvoir annoncer quelque chose aux autres. Sinon on ne nous prendra plus au sérieux. Et tu connais comme moi ce qui risque d'arriver. Ça va être le « foutoir » le plus complet »

3 possibilités :

1) Les deux nains ressortent, prenant un air circonspect, après un raclement de gorge Dawalin Sokaï annonce « Ahila, ma petite, si tu n'y vois pas d'inconvénient, il faudrait que tu répètes la scène que tu as eu tout à l'heure avec Antoine ». michel
2) Au sortir de la salle, les deux nains s'aperçoivent qu'il n'y a plus âme qui vive. Plus de nains, ni d'Antoine, ni même d'Ahila.
3) Dawalin Sokaï et Jordenhar s'avancent vers l'assemblée réunie en attente de leur verdict. « Qu'on danse ! » s'écrie Dawalin Sokaï sous le regard stupéfait de Jordenhar.
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Les deux nains ressortent, prenant un air circonspect, après un raclement de gorge Dawalin Sokaï annonce « Ahila, ma petite, si tu n'y vois pas d'inconvénient, il faudrait que tu répètes la scène que tu as eu tout à l'heure avec Antoine »

Ahila proteste et s'offusque que l'on puisse la penser légère de la cuisse. Passe encore qu'elle se soit exhibée sous le regard salace des nains tout à l'heure, prise qu'elle était dans le feu de l'action et dans le désir de bien faire mais là, non, pas question de ça ! Et puis à quoi bon ? Il est tout froid, maintenant, Antoine. Rien qu'à cette pensée, Ahila se met à trembloter et à enlaidir son charmant minois d'un rictus dégoûté. Non, non et non ! Il ne saurait en être question. Elle, Ahila, fille sérieuse, elle refuse de se soumettre à l'acte de chair avec un quasi cadavre froid comme la pierre et blanc comme un linge propre. C'est le refus net et catégorique sans concession et sans compromis.
De lubrique, le regard des nains se fait dépité.
— Dommage, laisse échapper Dawalin Sokaï en secouant lentement sa bonne grosse tête. Dommage. Faute de mieux, on aurait toujours pu se rincer l'œil.
— Alors, il ne reste plus qu'à danser, exulte Shadîmar Kân. Selon les récits anciens, la danse nous a souvent sauvé de situations que l'on disait désespérées ! Que l'on fasse de la place ! Que l'on chausse les sabots et place à la danse !
Il n'y a bien que Shadîmar pour se réjouir d'une séance de danse sacrée et ancestrale. Mais puisque la danse a été proposée, il faut sacrifier à la tradition qui veut que l'on ne refuse jamais une danse sacrée sous peine de malheurs de la plus haute importance. Les récits anciens relatent que, il y a plusieurs siècles de cela, un nain du conseil des nains auraient refusé la danse au motif qu'il aurait eu des ampoules au pied gauche et que le port des sabots lui était d'une terrible souffrance et d'un inconfort total. Les membres du conseil eurent la faiblesse d'écouter ce nain et reportèrent sine die l'exécution du rite de danse sacrée. Bien mal leur en prit ! Trois jours très exactement, heure pour heure, le nain qui avait refusé la danse fut retrouver pendu par le cou, décapité et eviscéré, les pieds tranchés nets au-dessus des genoux et les cheveux tondus ras. Le lendemain, c'est un autre nain qui s'effondrait foudroyé le nez plongé dans la semoule au lait du petit déjeuner. Après inspection du cadavre, on découvrit que tout son corps était couvert de petits pustules. Le lendemain encore, le nain Glöriöl, de corvée d'eau tardait à revenir du puits avec ses douze seaux. On alla à sa rencontre et on le trouva empalé de pied en cap sur un pieu qui, de mémoire de nain, ne s'était jamais trouvé là avant.
Les sages consultèrent les plus anciens grimoires et lurent les incunables antédiluviens pour trouver le moyen de mettre fin à la malédiction. Vous vous en doutiez, la solution était à portée de pieds. Il suffisait bien entendu de s'adonner de toute son âme à la danse sacrée jusqu'à l'apparition d'un signe divin. Les nains restant se donnèrent bien de la peine et dansèrent le reste de la journée puis la nuit entière puis, enfin, une bonne partie de la matinée jusqu'à en avoir les pieds en sang. Mais leurs efforts furent récompensés et Dieu leur apparut, non pas en chair et en os mais plutôt sous la forme d'un volatile qui vint se poser sur le rebord de la fenêtre et observa de côté, comme le font les oiseaux, le bon déroulement de la danse sacrée. Content, il se retourna et, avant de reprendre son envol, lâcha une fiente sur les pierres lisses du sol de la salle de danse. Une fiente divine ! Une fiente conséquente auréolée d'une lueur diffuse qui irradiait et atteignait chacun des danseurs. L'un de ces danseurs, presque par le plus grand des hasards s'en vint à s'approcher de la fiente et à poser le pied sur icelle. Il dérapa et tomba sur son postérieur qu'il avait conséquent et rembourré. Cela fit éclater de rire l'ensemble des nains de la congrégation sacrée. Le signe était arrivé, la danse pouvait s'arrêter. Plus jamais, de mémoire de nain vivant ou même mort, une danse sacrée n'avait pas été dansée alors que quelqu'un l'avait réclamée.
C'est ainsi que, en tirant la gueule, les nains allèrent chercher leurs sabots et que les musiciens furent appelés. Sur l'estrade à cela dévoué, ils se mirent en ligne et commencèrent à s'accorder. Il y avait là un joueur de cornemuse, un gratteur de cordes, un souffleur de biscorne, le nécessaire tirlipoteur de maracas et, bien entendu, le tapeur de tambour creux. Les témoignages des quelques rares ethnologues des temps reculés qui, sur leur lit de mort, sur le ton de la confidence, parlèrent du rite de la danse sacrée chez les nains d'ici font globalement état d'une forme de danse qui ne serait pas sans rappeler, dans les grandes lignes, la redoutable bourrée berrichonne différent en cela que, dans le cas de la danse des nains, le claquement de dents se fait en contrepoint très exactement du martèlement sporadique du tapeur de tambour creux et, à l'unisson du tapage de talon accodé en Mi bémol ou en Fa dièse selon que l'on est soit gauché (une minorité) soit droitier.
Les nains se positionnèrent en deux rangs se faisant face et le premier accord résonna. Chacun avança le talon gauche et l'écrasa au sol avant de le faire revenir à sa place d'origine et de lancer le talon droit à son tour. Les mains enserrant les hanches durant les trois premiers temps et s'écartant jusqu'à frapper la tête de son voisin immédiat lors du quatrième temps, comme de bien entendu. Toutes les douze mesures, les deux rangs doivent avancer l'un vers l'autre jusqu'à se dépasser et se retourner pour se retrouver face à face de nouveau. Et ainsi de suite. Pour la « Petite danse », une partie se compose d'un nombre égal de mesures à celui du carré de participants. Pour la « Grande danse », par contre, l'unité de mesure généralement admise est le quadruple du nombre de danseurs élevé au carré. Pour Antoine, on s'en tiendrait à une « Petite ».
Ahila assistait à la cérémonie sans feindre son abattement. Elle ne supportait pas les martèlements incessants et le son discordant de l'orchestre qui préférait jouer les oreilles bouchées de tampons de cire. Deux mesures étaient déjà passées lorsque, n'en pouvant plus, elle s'écria :
— Stop ! Stop ! On arrête ! C'est bon ! On arrête tout ! J'ai compris ! Stop !
Et Ahila se dévêtit sous le regard narquois et paillard des nains. Tandis que Dawalin Sokaï parlementait avec les musiciens qui exigeaient d'être payés pour une « Petite » entière, Ahila était montée sur le lit et se plaçait juste au dessus de Antoine en tirant la langue aux nains. Elle se coucha et prodigua les plus savantes caresses, déposa les plus torrides baisers, roula des hanches, poussa les gémissements les plus érotiques. Les nains étaient aux anges et étaient bien excités. De temps à autre, l'un d'eux détalait pour faire ce qu'il avait à faire et revenait l'air un peu étourdi et béât. Ahila y mit vraiment beaucoup de bonne volonté et, enfin, elle eut le sentiment qu'il se passait quelque chose. Le corps de Antoine devenait moins froid et il lui semblait que, sous la peau, en de multiples endroits, les petits muscles auxquels on ne prête généralement pas attention se réveillaient les uns à la suite des autres. Elle sentit aussi autre chose se réveiller et elle en fut si heureuse qu'après s'en être assurée en y regardant de plus près, elle finit par insister sur cette partie du corps de Antoine qui n'en finissait plus de croître. Elle eût aimé qu'elle se multipliât aussi mais jugea qu'il ne fallait point trop en demander. Lorsque cet organe atteint une forme oblongue et olympique, elle le dirigea vers son organe à elle qui, comme par magie, pouvait l'accueillir tout à fait comme il fallait. Elle se redressa et cambra ses reins qu'elle avait fort beaux avant de se laisser prendre au jeu et de produire un mouvement langoureux allant de bas en haut et de haut en bas tout en ondulant délicieusement de tribord à babord. Elle rejeta la tête en arrière et gémit délicieusement tandis que Antoine éternuait un bon coup et lançait dans les airs un puissant rugissement qui signifiait, on en était certain à présent, qu'il était revenu à la vie d'une bien plaisante manière. L'orgasme avait été d'une telle intensité tant pour Ahila que pour Antoine qu'ils ne purent s'écarter tout de suite l'un de l'autre et qu'ils se perdirent dans un baiser enamouré et frénétique.
— Hum, dit Dawalin Sokaï. Cette fois-ci, c'est bon, je présume ?

3 propositions :

1) Ahila et Antoine se rhabillent sous les vivas des nains et sont conduits au balcon pour être présentés au peuple comme leurs nouveaux souverains. La foule est en liesse.
2) Après que l'on a tout expliqué de ce qu'il s'est passé à Antoine, celui-ci remercie Ahila et les nains avant d'annoncer qu'il va lui falloir les quitter et reprendre sa route.
3) Antoine se fait expliquer ce qu'il lui est arrivé. Il écoute et se met en colère. Il prétend qu'il n'a pas savouré comme il l'aurait voulu cette partie de jambes en l'air et demande à ce que l'on les laisse tranquilles pendant qu'ils remettent ça. Ahila est un peu gênée d'apprendre à Antoine que maintenant qu'il est une sorte de roi, il doit partir tuer un terrible dragon toute affaire cessante.