Roman B :
Branche B2.2
Antoine, le seigneur de l'eau

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La porte ne donne pas sur la pièce habituelle, mais sur une grande salle où, manifestement, tous les habitants du village sont réunis. Un homme, peut-être le plus vieux du village, se lève, le désigne du doigt et s'écrie : "C'EST LUI !".

D'une même voix, les hommes du village s'écrient "Allah est grand, qu'il soit remercié".

Antoine, médusé, ne sachant s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle, n'ose plus bouger. Et pour l'heure, il se garde bien de remercier un quelconque Dieu ni même sa bonne fortune.
Le vieil homme au regard bleu et au teint hâlé, fait signe aux femmes. Aussitôt, Antoine assiste à un ballet d'allées et venues. Et en moins de deux, les tapis au centre de la pièce sont recouverts de coupes de fruits et de jarres d'eau en terre cuite. Les hommes prennent place tout autour. Les femmes accompagnées des enfants se retirent par une porte située au fond de la salle, fermée par un tissu finement brodé.
Antoine lance un regard vers l'arrière. Aucune possibilité de repli. Deux hommes, poignards recourbés à la ceinture, barrent l'entrée. Deux autres empoignent Antoine chacun par un bras et l'invitent prestement à s'asseoir en tailleur. Il ne se fait pas prier. Le voilà, entouré de ses "deux gardes du corps" face aux coupes de fruits. De l'autre côté, les hommes assis en demi cercle. Au milieu d'eux, le vieil homme.

"Allah est grand, qu'il soit remercié". Les hommes se mettent à prier égrenant des chapelets en pierres fines qui ne sont pas sans rappeler à Antoine le komboloï grec. Lors de sa dernière livraison en sol crétois, il s'en était vu offrir un. Il lui arrive de s'en servir pour se détendre dans les moments de grandes attentes : mauvaise météo qui le cloue au sol, ordre de décoller qui tarde etc.

Pilote de chasse émérite durant la seconde guerre mondiale, Antoine a eu du mal à retourner à la vie civile. Après divers petits boulots routiniers insatisfaisants, l'opportunité se présenta pour lui d'acquérir un Cessna 140 à un prix raisonnable via un vétéran américain de ses amis. Il n'hésita pas longtemps, investit toutes ses économies dans l'entreprise et loua ses services pour le transport de " marchandises en tout genre" à destination de l'Europe sud et de l'Afrique.

" Oui, mais je ne suis pas en Crète " se dit-il. "Où suis-je tombé exactement et que me veulent-ils ? Banquet ou tribunal ? ". Antoine a beau être un dur à cuire, il n'en est pas rassuré pour autant.
Cette tribu semble avoir connu une certaine opulence, en témoigne les chapelets, les tentures brodées, les jarres décorées, les bijoux entre aperçus des femmes. Cependant le village lui a paru dans le plus grand dénuement exception faite de l'abondance des fruits dans les coupes.

"Allah est grand, qu'il soit remercié d'avoir exaucé notre vœu", "qu'il soit remercié d'accepter nos offrandes" ainsi s'expriment les hommes en tendant les coupes de fruits vers le ciel. Mélange de traditions ancestrales et de coran se dit Antoine en se demandant s'il allait faire partie des offrandes. Un fruit parmi les fruits. Il n'avait jamais envisagé son avenir sous cet angle !

Le vieil homme prit la parole en s'adressant à Antoine:
"Etranger, sache que notre tribu autrefois opulente est aujourd'hui frappée d' une malédiction. Le puits du village asséché, le bétail a dépéri; les semences sont restées stériles. Il nous faut faire de longs et interminables trajets pour trouver et ramener le peu d'eau et de nourriture qui nous maintient en vie ."
"Alors, nous sommes allés consulter l'ermite du désert, le dépositaire de la tradition orale qui, en substance, nous a dit ceci :
" De l'oasis où vous puisez l'eau, ramenez les fruits de l'abondance. Disposez, dans chaque maison une coupe et une jarre d'eau fraiche. Priez trois jours et trois nuits dans l'abstinence et le jeun. Dieu vous enverra un signe du ciel. "

Par Arielle

C'est ce que nous avons fait et te voilà.
1) C'est toi l'homme oiseau, l' envoyé du ciel, c'est toi notre sauveur. C'est toi qui nous rendra l'eau !
2) C'est toi par qui l'eau reviendra. C'est toi le signe envoyé par Dieu. Celui qui sera sacrifié. Mais avant tu vivras sept jours et sept nuits la vie d'un prince du désert. (Michel)
3) C'est toi…Le vieil homme n'eut pas le temps de finir sa phrase que le bruit d'une déflagration se fit entendre accompagné par les hurlements de terreur des femmes et des enfants.
C'est toi par qui l'eau reviendra. C'est toi le signe envoyé par Dieu. Celui qui sera sacrifié. Mais avant tu vivras sept jours et sept nuits la vie d'un prince du désert.
Antoine sentit une boule se nouer dans ses entrailles. Une autre boule jouait au yoyo dans son larynx. Après un court moment de sidération, il tenta le tout pour le tout. Il se releva et bondit vers la porte en bousculant les deux hommes qui la gardaient. En puisant dans tout ce que pouvait lui réserver la rage de vivre, il courut hors de la maison et en direction du Cessna.
Il ne comprit pas tout de suite pourquoi personne ne s'était encore lancé à sa poursuite. Au détour d'une petite maison blanchie à la chaux, la vue de son avion démantelé et partiellement calciné lui apporta une réponse convenable et désolante. Il arrêta sa course, indécis, hébété. Courir vers le désert, sans eau, sans but, c'était la mort. Rester, c'était du pareil au même. Les habitants du village arrivaient sans se presser et commençaient à l'entourer dans le calme et en affichant des sourires et des yeux rassurants. Personne ne lui voulait de mal. Il était l'élu, le sauveur, il allait être traité en seigneur. Antoine était en train de comprendre cela. On n'allait pas maltraiter le sauveur. Sept jours durant, il serait considéré comme un messager divin, presque plus un être humain.
Le patriarche s'approcha les mains tendues. Il s'exprimait dans un français parfait. Cela n'avait pas étonné Antoine dans un premier temps mais à présent, il remarquait ce détail. Comment avait-il pu se retrouver en plein désert, juste aux portes d'un village où celui qu'il pensait être le chef pouvait parler le français avec autant de maîtrise, presque sans accent ?
— Nous savions ta réaction et la comprenons. Nous l'avons envisagée et nous avons agi en conséquence, étranger. Nous avons détruit ton appareil pour que tu ne puisses pas partir. Nous t'avons laissé une chance d'envoyer un appel au secours avec notre poste de radio que nous avons désormais rendu inopérant. Si les secours parviennent à temps pour toi, tu seras sauvé et ce sera un grand malheur pour notre village. Si les secours tardent, tu seras immolé et mon peuple sera sauvé de la faim et de la soif. L'ermite du désert l'a dit et l'ermite du désert ne s'est jamais trompé.
Entre peur, colère et désespoir, Antoine hésitait sur la mesure à tenir. Fuir lui semblait impossible. Du moins pédestrement et sans provisions. Il n'avait pas vu le moindre véhicule dans le village. Il n'avait pas aperçu de dromadaire ou de cheval non plus. Il était à présent parfaitement encerclé par les hommes et les femmes du village. Pas d'enfant, nota-t-il. Trois femmes, jeunes et jolies, sortirent du cercle chargées de grands plats de terre cuite desquels débordaient des fruits et de sortes de cruches d'eau rappelant les gargoulettes provençales. Elles s'agenouillèrent la tête baissée devant Antoine qui fut invité par le vieil homme à accepter ces présents. Antoine ne pouvait taire sa soif. Il avait faim, aussi. Il accepta l'eau et il accepta les fruits. Un tonnerre d'aplaudissements et de cris de joie éclata immédiatement. Le cercle se fit plus serré autour d'Antoine et plusieurs habitants se prosternèrent devant lui, le sauveur, celui qui allait faire revenir l'eau au puits. Le soleil frappait fort. On conduisit Antoine dans l'une des petites maisons. Il fut invité à s'étendre dans la pièce la plus fraîche. On l'aida à se déchausser et à se dévêtir. On disposa une réserve d'eau et de fruits à ses côtés et on le laissa se reposer en paix après avoir tiré le rideau de laine tissée qui plongea la pièce dans la pénombre.

Par Michel

3 possibilités
1) Alors que, résigné à accepter son sort, Antoine est sur le point de s'endormir, le vrombissement d'un moteur lui parvient. Les secours ?  SAX ----> roman G
2) Alors que, résigné à accepter son sort, Antoine est prêt à piquer un petit roupillon, une jeune femme aux cheveux bruns pénètre dans la chambre en lui demandant de se taire d'un index plaqué sur la bouche. (B2.2 shanti)
3) Alors qu'il est bien déterminé à ne pas se laisser envahir par le sommeil, il ne peut résister longtemps. Il pense que l'on l'a drogué à son insu.
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Alors que, résigné à accepter son sort, Antoine est prêt à piquer un petit roupillon, une jeune femme aux cheveux bruns pénètre dans la chambre en lui demandant de se taire d'un index plaqué sur la bouche.


Antoine, tout à sa surprise, se redresse d'un bond. La femme brune lui fait signe de le suivre. Il se lève, s'approche. Posant son index sur les lèvres d'Antoine elle lui intime le silence.
Antoine s'habille, et suit la femme.
Dehors, la nuit est tombée, mais la clarté de la lune nimbe le village d'une douce lumière. A cette heure tardive, il fait presque froid.
Ils marchent, côte à côte, à travers le village endormi. Passant devant le Cessna calciné, Antoine ne peut s'empêcher d'éprouver de la rancoeur à l'égard de ce peuple. La femme comprend ce qu'il ressent et lui prend la main.
Ils continuent ainsi durant quelques temps. Cette balade nocturne n'est pas pour déplaire à Antoine. Cette femme à ses côtés lui plaît bien, et en d'autres circonstances, il lui aurait sans doute fait un brin de cour. Mais dans la situation actuelle il préférerait comprendre.


Il est soudainement tiré de ses pensées car apparaît devant eux l'ombre géante d'un arbre.
Un arbre, dans ce désert ?
Oui, il s'agit bien d'un arbre et non des moindres.
Cet arbre c'est l'arbre bouteille, un des rares végétaux capables de résister à la sécheresse. Il est entouré d'autres espèces succulentes. Le peuple leur doit sa survie, lui explique la femme.
En effet, l'écart de températures entre le jour et la nuit produit de la condensation.Les feuilles de ces plantes sont toutes équipées de petits godets en terre qui récupèrent l'eau ruisselant à la surface des feuilles. Au matin, le peuple "récolte" l'eau de godets pour leurs besoins.

Mais la situation se dégrade car, par quelque sortilège, beaucoup de ces espèces se sont asséchées. Le peuple se pense puni d'une faute qu'il aurait commise.
Il y a de cela quelques décennies, un homme s'était perdu dans le désert, non loin du village. La génération d'alors l'avait tout simplement chassé, lui refusant eau et nourriture. Le malheureux fut retrouvé mort, desséché près de son véhicule.

Antoine, désigné par l'ermite comme le sauveur, est le seul à pouvoir les délivrer de cette vengeance que leur inflige les esprits tutélaires. Durant sept jours et sept nuits il sera chéri, choyé, abreuvé et nourri. Disposant à sa guise d'une liberté (très relative aux yeux d'Antoine) d'aller et venir.

Puis, comme prévu par le "sage-ermite" il devra être immolé, son corps offert à l'arbre bouteille siège des esprits divins.


Trois possibilités :

1 - Antoine se dit que la comédie a assez duré, il va provoquer un coup d'état et détrôner cette espèce d'ermite à la noix !

2 - Antoine réfléchit à toute vitesse, la perspective de finir comme Jeanne d'Arc, ne lui plaît pas trop. Parviendra-t-il à se bricoler un quelconque véhicule avec les restes du Cessna ?

3 - Chamboulé, mais pas totalement désemparé, il enlace la belle femme brune.